1. Pourquoi lever des fonds ?
Une levée de fonds en capital consiste à faire entrer un ou plusieurs investisseurs au capital d’une entreprise afin de financer son développement. Contrairement à un emprunt classique, les sommes investies au capital n’ont pas vocation à être remboursées selon un échéancier : en contrepartie, les investisseurs reçoivent des titres et deviennent actionnaires ou associés de l’entreprise.
Une levée de fonds peut notamment permettre de :
- ● accélérer le développement de l’entreprise en France ou à l’international ;
- ● financer un besoin en fonds de roulement, notamment lié aux stocks ou à la trésorerie d’exploitation ;
- ● réaliser des investissements importants en R&D, recrutement, production, technologie ou développement commercial ;
- ● financer le lancement d’un produit ou la conquête d’un nouveau marché ;
- ● accompagner le démarrage d’une activité lorsque le projet nécessite des capitaux importants.
Lever des fonds n’est cependant pas un objectif en soi. L’opération doit répondre à une stratégie précise et permettre à l’entreprise d’atteindre plus rapidement des objectifs qu’elle pourrait difficilement financer avec ses seules ressources.
Il est donc important de déterminer à quoi servira concrètement l’argent recherché et d’identifier les leviers de croissance que la levée permettra d’activer.
Par exemple, une startup peut souhaiter lever 1 million d’euros pour recruter une équipe commerciale, accélérer son acquisition de clients et financer son développement sur plusieurs marchés européens. Les hypothèses de croissance associées devront alors pouvoir être expliquées et documentées auprès des investisseurs.
Ce mode de financement est particulièrement adapté aux entreprises présentant un potentiel de croissance important et capables de démontrer comment les capitaux supplémentaires pourront contribuer à augmenter leur valeur dans les années suivantes.
2. Êtes-vous prêt à partager le capital et le pouvoir de votre startup ?
L’entrée d’un investisseur ne signifie pas uniquement obtenir un financement. Elle implique également de céder une partie du capital de l’entreprise et, selon les conditions négociées, de partager certaines décisions stratégiques.
C’est ce que l’on appelle la dilution : après l’émission de nouveaux titres au profit des investisseurs, les fondateurs détiennent généralement un pourcentage plus faible du capital.
À titre d’exemple simplifié, si une startup est valorisée 4 millions d’euros avant l’investissement et qu’un investisseur apporte 1 million d’euros, sa valorisation après investissement atteint 5 millions d’euros. Dans cette hypothèse théorique, l’investisseur détiendrait 20 % du capital après l’opération, hors mécanismes particuliers.
La réalité peut toutefois être plus complexe en fonction de la structure de l’opération, des instruments utilisés, des droits attachés aux titres ou encore des éventuels plans d’intéressement des salariés.
L’arrivée d’investisseurs peut également modifier la gouvernance. Des mécanismes de reporting, des instances de décision ou des droits spécifiques peuvent être négociés.
Ces règles sont généralement précisées dans la documentation juridique de l’opération et, le cas échéant, dans un pacte d’associés ou d’actionnaires.
Avant de lever des fonds, les fondateurs doivent donc se poser une question essentielle : sont-ils prêts à partager une partie de la valeur créée et, selon les droits accordés aux investisseurs, une partie du pouvoir de décision ?
3. Quand lever des fonds ?
Il n’existe pas de moment universel pour réaliser une levée de fonds. Le bon timing dépend notamment du modèle économique, des besoins financiers, de la maturité du projet et des attentes des investisseurs ciblés.
Lorsque l’activité vient tout juste d’être créée, solliciter des investisseurs trop tôt peut néanmoins présenter plusieurs difficultés :
-
● le marché n’est pas encore suffisamment validé. Les premiers mois permettent souvent d’ajuster le produit, le positionnement ou le modèle économique. Disposer de premiers clients, utilisateurs ou revenus peut faciliter la démonstration de l’existence d’un marché ;
-
● la valorisation de l’entreprise peut être plus faible. Une entreprise disposant déjà d’une certaine traction peut être en meilleure position pour négocier les conditions d’entrée des investisseurs ;
-
● la levée mobilise beaucoup de temps. Préparation du dossier, identification des investisseurs, rendez-vous, négociations, due diligence et documentation juridique peuvent mobiliser fortement les dirigeants au détriment du développement opérationnel.
Il est donc important d’anticiper suffisamment la démarche et de vérifier que l’entreprise dispose de la trésorerie nécessaire pour fonctionner pendant toute la durée du processus.
Il est par ailleurs possible de financer les premières étapes d’un projet sans réaliser immédiatement une levée de fonds classique. Le love money, le crowdfunding, certaines aides publiques, l’autofinancement ou les concours d’entrepreneuriat peuvent constituer des solutions complémentaires selon la situation de l’entreprise.
4. La levée de fonds est-elle le financement le plus adapté ?
La levée de fonds est souvent associée aux business angels et aux fonds d’investissement. Pourtant, ouvrir son capital n’est pas nécessairement la meilleure solution pour toutes les entreprises.
Avant d’engager cette démarche, il convient de comparer les principales sources de financement disponibles.
-
● L’autofinancement : l’entreprise finance son développement avec ses propres ressources. Cela peut notamment passer par l’amélioration de la rentabilité, une optimisation du BFR, une réduction de certains coûts ou la cession d’actifs non stratégiques.
-
● L’emprunt bancaire : l’entreprise obtient des fonds qu’elle devra rembourser selon les modalités prévues au contrat. Cette solution permet généralement d’éviter une dilution du capital, mais implique une capacité de remboursement suffisante.
-
● Les aides publiques : différents dispositifs peuvent être proposés par Bpifrance, l’État, les collectivités territoriales ou d’autres organismes, sous réserve des conditions d’éligibilité applicables.
-
● Le love money : il correspond aux financements apportés par la famille, les amis ou d’autres proches. Selon les situations, ces fonds peuvent notamment prendre la forme d’un apport au capital, d’un prêt ou d’un compte courant d’associé.
-
● Les concours : certains concours dédiés aux entrepreneurs permettent d’obtenir une dotation financière, un accompagnement ou de la visibilité. Ils peuvent également faciliter les rencontres avec des partenaires et des investisseurs.
-
● Le financement participatif ou crowdfunding : il permet de solliciter un grand nombre de personnes, généralement par l’intermédiaire d’une plateforme en ligne. Selon le modèle retenu, le financement peut notamment prendre la forme d’un don, d’un prêt ou d’une souscription de titres. Ces différentes formes de financement participatif sont soumises à des cadres réglementaires distincts, notamment en ce qui concerne le statut de la plateforme utilisée.
Le choix dépend notamment du montant recherché, du niveau de maturité de l’entreprise, de sa capacité d’endettement, de son modèle économique et de la volonté des fondateurs de conserver ou non la totalité de leur capital.
Une levée de fonds se prépare généralement plusieurs mois avant les premiers échanges approfondis avec les investisseurs. L’entreprise doit être capable de présenter son activité, son marché, ses performances et l’utilisation prévue des capitaux recherchés.
La préparation peut notamment porter sur :
- ● le montant à lever et l’utilisation précise des fonds ;
- ● les objectifs que l’entreprise souhaite atteindre grâce au financement ;
- ● la valorisation envisagée et ses hypothèses ;
- ● le business plan et les prévisions financières ;
- ● la structure actuelle du capital ;
- ● les indicateurs permettant de démontrer la traction de l’entreprise ;
- ● les documents susceptibles d’être examinés lors de la due diligence.
Le montant recherché doit idéalement être rattaché à des objectifs opérationnels précis. Il ne s’agit donc pas seulement de déterminer combien l’entreprise peut lever, mais de savoir combien elle doit lever pour financer son plan de développement dans des conditions cohérentes.
6. Quelles sont les principales étapes d’une levée de fonds ?
Le déroulement varie selon la taille et la complexité de l’opération, mais une levée de fonds peut généralement comprendre plusieurs grandes étapes.
- ● Préparer le projet de financement : définir le montant recherché, l’utilisation des fonds, les objectifs et les principales hypothèses financières.
- ● Préparer les documents de présentation : notamment le pitch deck, le business plan et les données financières nécessaires à l’analyse du projet.
- ● Identifier les investisseurs pertinents : business angels, fonds d’investissement ou autres acteurs correspondant au secteur, au stade de maturité et au montant recherché.
- ● Présenter le projet et négocier : les échanges portent notamment sur la stratégie, la valorisation, le montant investi et les droits éventuellement accordés aux investisseurs.
- ● Formaliser les principales conditions de l’opération : celles-ci peuvent notamment être reprises dans une lettre d’intention ou une term sheet, selon la structuration retenue.
- ● Passer la due diligence : les investisseurs peuvent examiner différents éléments financiers, juridiques, fiscaux, sociaux, commerciaux ou techniques de l’entreprise.
- ● Finaliser la documentation juridique et procéder au closing : l’opération est formalisée et les fonds sont versés selon les modalités convenues.
Selon l’opération, ces étapes peuvent être plus ou moins longues et nécessiter l’intervention de différents conseils.
Les investisseurs analysent de nombreux projets. Pour retenir leur attention, il faut leur permettre de comprendre rapidement l’opportunité, mais également les raisons pour lesquelles l’entreprise pourrait prendre de la valeur.
Plusieurs éléments sont particulièrement importants.
Le pitch
Le pitch doit présenter le projet de manière claire, concise et convaincante. L’investisseur doit rapidement comprendre le problème identifié, la solution proposée, le marché visé, le modèle économique, les premiers résultats et l’ambition de l’équipe.
Préparez-vous également aux objections et renseignez-vous sur vos interlocuteurs. Tous les investisseurs n’ont pas la même stratégie : certains privilégient des secteurs particuliers, certaines tailles d’entreprise ou certains stades de développement.
Le business plan
Le business plan permet notamment de présenter le marché, le modèle économique, la stratégie de développement et les perspectives financières de l’entreprise.
Les hypothèses doivent être suffisamment argumentées et cohérentes. Connaître précisément ses principaux indicateurs et être capable d’expliquer ses projections contribue également à renforcer la crédibilité de l’équipe dirigeante.
La traction
Selon le modèle économique, la traction peut être démontrée à travers différents indicateurs : chiffre d’affaires, croissance, nombre de clients, utilisateurs actifs, récurrence des revenus, taux de rétention, contrats signés ou encore développement commercial.
Les indicateurs pertinents dépendent donc fortement de l’activité et du stade de développement de l’entreprise.
L’équipe
Les investisseurs ne s’intéressent pas uniquement au produit. L’expérience des fondateurs, leur complémentarité, leur connaissance du marché et leur capacité à exécuter le projet constituent également des éléments importants de l’analyse.
La structuration du capital
Avant toute levée de fonds, il est important de connaître précisément la répartition du capital entre les associés et d’anticiper l’impact de l’arrivée de nouveaux investisseurs.
Il convient également de surveiller l’équilibre entre dettes et fonds propres. Une structure financière inadaptée peut compliquer le financement futur de l’entreprise.
La levée de fonds ne consiste pas uniquement à convaincre des investisseurs. Les fondateurs doivent également choisir les investisseurs avec lesquels ils souhaitent développer l’entreprise.
Plusieurs critères peuvent être examinés :
- ● leur connaissance du secteur ;
- ● leur expérience avec des entreprises au même stade de développement ;
- ● leur capacité à participer à de futurs tours de financement ;
- ● la qualité de leur réseau ;
- ● leur niveau d’implication dans la gouvernance ;
- ● leur capacité à accompagner les dirigeants sur le long terme.
La relation pouvant durer plusieurs années, l’alignement entre fondateurs et investisseurs constitue un élément important de l’opération.
9. Pourquoi se faire accompagner lors d’une levée de fonds ?
Une levée de fonds est une opération juridique, financière et stratégique structurante, tant pour les investisseurs que pour les fondateurs.
L’accompagnement par des professionnels expérimentés peut être particulièrement utile pour préparer et négocier l’opération, analyser ses conséquences financières et organiser la documentation juridique.
Un avocat peut notamment intervenir sur les actes juridiques et les négociations relatives à la gouvernance et aux droits des investisseurs. Un expert-comptable peut contribuer à la préparation et à l’analyse des éléments financiers et des hypothèses retenues.
L'évolution de la gouvernance peut également conduire les fondateurs et dirigeants à s'interroger sur leur responsabilité personnelle en tant que dirigeant.
Il convient notamment de porter une attention particulière aux clauses figurant dans les actes et pactes d’associés. Certaines stipulations relatives à la gouvernance, aux cessions de titres ou aux droits des investisseurs peuvent produire des effets importants plusieurs années après la levée.
Une levée réussie ne se mesure donc pas uniquement au montant obtenu. Elle doit permettre de financer le développement de l’entreprise tout en préservant une structure de capital et une gouvernance compatibles avec ses objectifs à long terme.