Par Jean-David Boussemaer, le 17 septembre 2026 - 7 min de lecture

Combien faut-il facturer pour vivre de son activité ?

Vous souhaitez créer votre entreprise et disposer de 2 000 € par mois pour vivre. Quel chiffre d’affaires devez-vous réaliser ? Diviser ce revenu par votre nombre de jours travaillés ne suffit pas : vos ventes doivent aussi financer vos frais professionnels, vos cotisations et les périodes pendant lesquelles vous ne facturez pas.

tas de factures

1. Définissez le revenu dont vous avez besoin

Commencez par votre budget personnel : logement, alimentation, déplacements, remboursements, dépenses familiales et épargne. Déterminez le montant que votre activité doit vous permettre de prélever chaque mois, en tenant compte des autres revenus éventuels de votre foyer.

Précisez surtout si votre objectif s’entend avant ou après impôt sur le revenu. Dans cet article, les 2 000 € mensuels correspondent à une somme disponible après paiement des frais professionnels et des cotisations sociales, mais avant votre impôt personnel sur le revenu. Si vous souhaitez conserver 2 000 € après impôt, vous devrez intégrer une estimation supplémentaire tenant compte de votre foyer fiscal et de vos autres revenus.

Raisonnez ensuite à l’année :

  • Revenu personnel annuel souhaité = revenu mensuel souhaité × 12.

Pour 2 000 € par mois, vous devez donc dégager 24 000 € par an. Vos besoins personnels continuent pendant vos congés et les périodes sans mission : il faut donc financer douze mois de revenu.

2. Recensez vos dépenses professionnelles

Même si vous travaillez seul depuis votre domicile, votre chiffre d’affaires ne constitue pas intégralement un revenu disponible. Vous devez notamment financer vos logiciels, votre matériel, vos déplacements, vos frais bancaires, votre communication et, selon votre activité et vos besoins, vos assurances professionnelles.

Pour établir votre budget, distinguez les dépenses récurrentes des achats ponctuels. Un abonnement mensuel se prévoit facilement ; le remplacement d’un ordinateur ou une facture annuelle peuvent davantage déséquilibrer votre trésorerie. Prévoyez également les impôts professionnels applicables, notamment la cotisation foncière des entreprises (CFE) lorsqu’elle est due.

Dans notre exemple, vous retenez 6 000 € de frais annuels, soit 500 € par mois en moyenne. Il s’agit d’une hypothèse de travail, à remplacer par vos propres dépenses. Ce budget exclut les cotisations sociales, calculées séparément.

Attention : en régime micro-BNC, vos frais professionnels réels ne sont pas déduits de votre chiffre d’affaires pour calculer vos cotisations sociales. Pour déterminer le bénéfice imposable selon le régime micro-BNC de droit commun, l’administration applique un abattement forfaitaire de 34 % aux recettes déclarées. Si vous avez opté pour le versement libératoire de l’impôt sur le revenu et remplissez les conditions requises, l’impôt est calculé selon des modalités spécifiques, directement à partir de votre chiffre d’affaires ou de vos recettes. Vos dépenses réelles restent néanmoins essentielles pour mesurer ce qu’il vous reste effectivement en trésorerie.

Si certaines dépenses augmentent avec vos ventes, comme les achats de marchandises ou les commissions d’une plateforme, intégrez-les également. Un calcul construit pour un consultant ayant peu de frais variables ne peut pas être transposé tel quel à un commerce.

3. Calculez les cotisations selon votre régime

Il n’existe pas de coefficient universel permettant de passer du chiffre d’affaires au revenu personnel. Votre calcul dépend de la nature de votre activité, de votre régime social et, selon la forme juridique choisie, de votre mode de rémunération.

Pour notre exemple, vous exercez une activité de conseil en micro-entreprise relevant des professions libérales non réglementées hors Cipav. Vous ne bénéficiez pas de l’Acre et vous n’avez pas opté pour le versement libératoire de l’impôt sur le revenu.

En 2026, le taux de cotisations sociales retenu pour cette activité est de 25,6 % du chiffre d’affaires encaissé.

Vous ajoutez la contribution à la formation professionnelle (CFP) de 0,2 % du chiffre d’affaires, applicable aux activités libérales exercées en micro-entreprise. Le taux total utilisé dans notre simulation est donc de 25,8 %.

Pour 100 € de chiffre d’affaires encaissé, vous conservez ainsi 74,20 € après ces prélèvements, avant de régler vos frais professionnels et votre impôt personnel. Vos frais diminuent votre trésorerie disponible, mais ne réduisent pas l’assiette de chiffre d’affaires utilisée pour calculer les cotisations du régime micro-social.

Si vous exercez en société ou sous un autre régime, faites recalculer le coût de votre rémunération avec les paramètres correspondants. Ne reprenez pas automatiquement le taux de cet exemple.

4. Ajoutez une réserve de sécurité

Un tarif qui couvre exactement vos dépenses et votre revenu vous laisse peu de marge face à une mission annulée, un achat imprévu ou une période commercialement plus calme.

Dans notre exemple, vous souhaitez mettre de côté 3 000 € sur l’année, en plus de vos 24 000 € de revenu personnel. Cette réserve constitue un objectif de trésorerie : ce n’est ni une cotisation ni une charge déductible supplémentaire.

Son montant dépend de votre situation. Si vous dépendez d’un seul client ou si vos missions sont irrégulières, vos besoins peuvent être plus élevés. Distinguez également cette réserve à constituer progressivement de la trésorerie nécessaire dès le lancement : une épargne future ne finance pas les factures des premières semaines.

5. Quel chiffre d’affaires pour disposer de 2 000 € par mois ?

Avec nos hypothèses, votre activité doit financer les montants suivants :

Besoin annuelMontant
Revenu personnel avant impôt sur le revenu24 000 €
Frais professionnels6 000 €
Réserve à constituer3 000 €
Total à conserver après cotisations sociales et CFP33 000 €

Puisque les cotisations sociales et la CFP représentent 25,8 % du chiffre d’affaires dans notre exemple, le calcul est le suivant :

  • Chiffre d’affaires annuel nécessaire = (revenu annuel souhaité + frais annuels + réserve annuelle) / (1 − taux de cotisations sociales et de CFP).
  • Soit : 33 000 / (1 − 0,258) = 44 474 € environ.

Vous pouvez donc arrondir votre objectif à 44 500 € de chiffre d’affaires annuel. À ce niveau, les cotisations sociales et la CFP représentent environ 11 481 €. Il reste 33 019 €, soit 24 019 € après vos 6 000 € de frais et votre mise en réserve de 3 000 €.

Attention à une erreur fréquente : ajouter simplement 25,8 % aux 33 000 € ne suffit pas. Les cotisations s’appliquent à l’ensemble du chiffre d’affaires encaissé, y compris à la part destinée à les financer.

Cet objectif correspond à environ 3 708 € par mois en moyenne sur douze mois. Si vous concentrez vos encaissements sur dix mois, vous devez plutôt viser 4 450 € sur chacun de ces mois.

Point de vigilance sur la TVA : le régime fiscal de la micro-entreprise et la franchise en base de TVA obéissent à des seuils distincts. En 2026, pour une prestation de services relevant des seuils de droit commun, le seuil de franchise en base est fixé à 37 500 € de chiffre d’affaires, avec un seuil majoré de 41 250 € applicable en cours d’année. Si vous bénéficiez de la franchise au début de l’année et que votre chiffre d’affaires de l’année en cours dépasse 41 250 €, vous devenez redevable de la TVA à compter de la date de ce dépassement. Un objectif annuel de 44 500 € implique donc de prévoir cette éventualité dans votre tarification et votre trésorerie. La situation dépend également du chiffre d’affaires réalisé l’année précédente. La TVA collectée auprès de vos clients ne constitue pas un revenu disponible : elle doit être déclarée et reversée à l’administration fiscale, sous déduction éventuelle de la TVA déductible.

6. Pourquoi facturer 20 jours par mois est une hypothèse fragile

Sur une base de 20 jours facturés chaque mois, vous obtenez 240 jours facturés par an. Cette hypothèse laisse très peu de place aux congés, aux jours fériés, à la prospection, aux devis, à la gestion administrative et aux intervalles entre deux missions.

Une journée travaillée n’est pas nécessairement une journée facturable. Vous pouvez consacrer une journée entière au développement de votre activité sans pouvoir la facturer à un client.

Pour construire une hypothèse plus prudente, vous pouvez partir du budget de temps illustratif suivant :

Utilisation de votre tempsJours annuels
Base de travail théorique avant déductions260
Congés et jours fériés non travaillés− 35
Prospection et préparation des propositions− 35
Administration, formation et organisation− 25
Périodes sans mission et imprévus− 25
Jours disponibles pour facturer140

Ces 140 jours constituent une hypothèse de travail, et non une moyenne officielle ni une garantie commerciale. Au démarrage, vous pouvez en facturer moins. À l’inverse, une mission longue peut augmenter votre taux d’occupation, tout en limitant le temps disponible pour trouver le client suivant.

Veillez à ne pas compter deux fois les mêmes journées : chaque déduction doit correspondre à un temps distinct.

7. Transformez cet objectif en tarif journalier ou en ventes

Votre tarif journalier moyen minimal se calcule à partir du nombre de journées que vous pensez réellement pouvoir vendre :

  • Tarif journalier moyen minimal HT = chiffre d’affaires annuel HT visé / nombre de jours facturés.

Avec un objectif arrondi à 44 500 €, le résultat varie fortement selon votre activité commerciale :

Jours facturés dans l’annéeTarif journalier minimal HT, arrondi à l’euro supérieur
100 jours445 €
120 jours371 €
140 jours318 €
160 jours279 €
240 jours186 €

Le danger apparaît si vous fixez votre tarif autour de 186 € en supposant 240 jours facturés, puis n’en vendez que 140. Vous encaissez alors 26 040 €. Après 25,8 % de cotisations sociales et de CFP et 6 000 € de frais, il reste environ 1 110 € par mois avant impôt sur le revenu, sans constituer la réserve prévue.

À l’inverse, 140 jours facturés à 320 € produisent 44 800 € de chiffre d’affaires. Avec les mêmes hypothèses, vous atteignez votre objectif de revenu et de réserve, avec une marge supplémentaire limitée.

Ce tarif constitue un seuil économique propre à votre situation, et non nécessairement le prix à proposer à vos clients. Votre spécialisation, la valeur de votre prestation, les prix pratiqués sur votre marché et les attentes de vos clients peuvent conduire à retenir un tarif différent.

Si vous vendez des forfaits

Pour une prestation vendue 1 500 € hors taxes, un objectif de 44 500 € correspond à 30 prestations annuelles pour dépasser légèrement cet objectif, à condition de conserver les hypothèses de frais retenues.

Vérifiez ensuite le temps nécessaire. Si chaque prestation mobilise quatre jours, vous utilisez 120 jours de production. Si elle en exige six, vous en utilisez 180 : votre objectif dépasse alors les 140 jours prévus. Comptez également la préparation, les échanges avec le client et les éventuelles corrections incluses dans votre forfait.

Pour une activité de vente de produits, raisonnez également sur la marge laissée par chaque vente après les achats et les frais variables. Le nombre de commandes ne suffit pas à mesurer ce que vous pourrez réellement conserver.

8. Vérifiez si vos clients peuvent soutenir cet objectif

Votre besoin de revenu ne prouve pas que vous pourrez vendre suffisamment de prestations au tarif calculé. Comparez votre seuil économique avec les budgets de votre clientèle, votre positionnement et votre capacité réelle à obtenir des commandes.

Notre guide pour estimer votre chiffre d’affaires prévisionnel vous aide à évaluer ce que vous pouvez vendre. Le présent calcul permet ensuite de vérifier si ces ventes peuvent financer votre activité et vos besoins personnels.

Si les deux montants ne concordent pas, identifiez le point à travailler : une offre plus rentable, un meilleur ciblage, une réduction de certaines dépenses ou une organisation qui diminue le temps passé sur chaque prestation. Augmenter artificiellement le nombre de jours facturables dans votre tableau ne résout pas le problème.

Testez également un scénario moins favorable. À 320 € par jour pour seulement 120 jours facturés, vous encaissez 38 400 €. Après les cotisations sociales et la CFP, les frais et la réserve de notre exemple, votre revenu disponible descend à environ 1 624 € par mois avant impôt sur le revenu.

9. Organisez vos encaissements pour vous rémunérer régulièrement

Un objectif annuel rentable ne garantit pas que vous disposerez chaque mois de la trésorerie nécessaire. Une facture émise en décembre et encaissée en janvier ne finance pas vos dépenses de décembre.

Établissez un calendrier mensuel avec vos encaissements attendus, vos dépenses, les sommes à réserver pour vos cotisations sociales, la CFP, les éventuels impôts et vos prélèvements personnels. Lorsque votre prestation s’y prête, vous pouvez prévoir un acompte et des paiements échelonnés, sous réserve de les formaliser clairement dans vos devis, contrats et conditions de paiement.

Lorsque vous êtes redevable de la TVA, raisonnez en principe hors taxes pour mesurer votre chiffre d’affaires et votre rentabilité. La TVA facturée à vos clients et collectée pour le compte de l’État ne constitue pas un revenu disponible. Pour vos dépenses, retenez leur coût réellement supporté, en tenant compte de la TVA récupérable ou non selon votre régime.

Enfin, intégrez le coût de votre protection professionnelle dans vos frais prévisionnels. Selon votre métier, certaines assurances professionnelles peuvent être obligatoires, tandis que d’autres restent facultatives.

La responsabilité civile professionnelle (RC Pro) peut notamment couvrir, dans les limites, conditions, exclusions et plafonds prévus par le contrat, certaines conséquences financières de dommages causés à un client ou à un tiers dans le cadre de votre activité. Son caractère obligatoire ou facultatif ainsi que les garanties nécessaires dépendent notamment de votre profession et des risques propres à votre activité.

Vous pouvez étudier les assurances adaptées aux auto-entrepreneurs avec Assurup afin d’identifier les garanties correspondant à votre activité, puis ajuster votre budget à partir d’un devis réel.

Votre tarif doit financer les jours où vous produisez pour vos clients, mais aussi le temps nécessaire pour trouver vos missions, gérer votre entreprise et préserver votre revenu. Révisez votre calcul dès que vos frais, vos tarifs, votre régime fiscal ou social, ou votre nombre de jours facturés s’écartent de vos hypothèses.

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