1. Plus de 70 000 défaillances d'entreprises en douze mois
À la fin du mois d'août 2026, la Banque de France recense 70 766 défaillances d'entreprises en cumul sur douze mois glissants. Ce niveau est quasiment identique à celui observé un mois plus tôt.
Cette stabilisation constitue un changement par rapport aux périodes de forte progression des défaillances. Elle ne signifie toutefois pas que les difficultés des entreprises appartiennent au passé.
Sur un an, le nombre de défaillances augmente encore de 4,8 %. Il dépasse également de 19,3 % la moyenne annuelle observée entre 2010 et 2019, avant la crise sanitaire.
Autrement dit, le rythme de progression ralentit, mais les défaillances restent nombreuses.
Il faut également comprendre ce que mesure cet indicateur. Dans les statistiques de la Banque de France, une défaillance correspond à l'ouverture d'une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire.
Il s'agit d'une définition statistique précise, qui ne couvre pas l'ensemble des procédures de traitement des difficultés des entreprises. Les procédures de sauvegarde, notamment, ne sont pas comptabilisées dans cet indicateur.
Les données portent sur les unités légales, et non sur les établissements. Une entreprise disposant de plusieurs établissements n'est donc pas comptabilisée plusieurs fois du seul fait de cette organisation.
Une entreprise qui accumule les pertes, subit des retards de paiement ou rencontre des difficultés de trésorerie n'est donc pas nécessairement comptabilisée. À l'inverse, l'ouverture d'un redressement judiciaire n'entraîne pas automatiquement l'arrêt de l'activité. Celle-ci peut se poursuivre pendant la période d'observation, sous réserve des décisions du tribunal, et l'entreprise peut, dans certains cas, parvenir à se rétablir.
Ces chiffres donnent ainsi une indication de la situation économique des entreprises, sans refléter l'ensemble de leurs difficultés financières.
2. Défaillances d'entreprises : des évolutions contrastées selon les secteurs
La principale limite du chiffre national est qu'il masque des situations très différentes selon les secteurs.
Alors que les défaillances progressent de 4,8 % pour l'ensemble des activités, plusieurs branches enregistrent des hausses nettement supérieures.
| Secteur d'activité |
Défaillances sur douze mois |
Évolution sur un an |
| Hébergement-restauration |
9 796 |
+8,5 % |
| Activités immobilières |
2 673 |
+6,3 % |
| Activités financières et d'assurance |
1 769 |
+10,2 % |
| Conseils et services aux entreprises |
9 040 |
+8,4 % |
| Construction |
14 354 |
-2,4 % |
| Ensemble des secteurs |
70 766 |
+4,8 % |
Source : Banque de France, statistiques des défaillances d'entreprises à fin août 2026, en cumul sur douze mois glissants.
Ces résultats font apparaître deux réalités.
D'une part, certains secteurs concentrent un nombre particulièrement élevé de défaillances. C'est notamment le cas de l'hébergement-restauration, avec près de 9 800 défaillances recensées sur douze mois.
D'autre part, certaines activités affichent une progression annuelle importante, même lorsque le nombre total de défaillances reste plus limité. Les activités financières et d'assurance en constituent un exemple, avec une augmentation de 10,2 %.
Il faut néanmoins éviter de confondre le volume de défaillances et le risque individuel encouru par une entreprise. Un secteur qui compte davantage d'entreprises peut mécaniquement enregistrer plus de défaillances.
Pour déterminer quelles professions présentent réellement les taux de défaillance les plus élevés, il faudrait rapporter ces chiffres au nombre d'entreprises actives dans chaque activité, sur un périmètre statistique comparable.
3. Pourquoi la restauration reste-t-elle sous pression ?
Avec 9 796 défaillances sur douze mois, l'hébergement-restauration apparaît comme l'un des secteurs particulièrement touchés.
La progression atteint 8,5 % sur un an. Plus révélateur encore, le nombre de défaillances dépasse de 32,8 % la moyenne enregistrée entre 2010 et 2019.
Cette situation mérite une attention particulière pour les restaurateurs, dont l'activité repose sur un équilibre parfois fragile entre fréquentation, prix de vente et maîtrise des charges.
Un restaurant doit supporter des dépenses importantes, même lorsque son chiffre d'affaires diminue. Le loyer, les salaires, l'énergie, les équipements et les autres charges d'exploitation continuent de peser sur sa trésorerie.
Parallèlement, les variations du coût des matières premières peuvent réduire les marges. Augmenter les prix de vente n'est pas toujours possible sans risquer de peser sur la fréquentation.
Prenons l'exemple d'un restaurant qui réalise 40 000 € de chiffre d'affaires mensuel. Une baisse de 10 % de son chiffre d'affaires représente 4 000 € de recettes en moins. Si ses charges fixes restent inchangées, cette baisse peut avoir un effet important sur sa rentabilité.
Ce scénario est illustratif : il ne constitue pas une explication statistique des défaillances recensées par la Banque de France.
Pour un restaurateur, plusieurs indicateurs méritent donc un suivi régulier : le coût des matières premières, le taux de marge brute, le poids de la masse salariale, le seuil de rentabilité et la trésorerie disponible.
Une entreprise peut en effet continuer à attirer des clients tout en rencontrant des difficultés financières si ses recettes ne suffisent plus à couvrir ses dépenses.
Les activités immobilières enregistrent 2 673 défaillances sur douze mois, soit une augmentation de 6,3 % sur un an.
Cette évolution peut retenir l'attention des professionnels de l'immobilier, notamment parce que certaines entreprises du secteur dépendent fortement du volume des transactions et des commissions encaissées.
Les données de la Banque de France concernent l'ensemble des activités immobilières. Elles ne permettent pas d'isoler précisément les agences immobilières ou les administrateurs de biens.
Il serait donc inexact d'affirmer que les défaillances des agents immobiliers ont augmenté de 6,3 %.
La même précaution s'impose pour les activités financières et d'assurance, qui enregistrent 1 769 défaillances, en hausse de 10,2 %.
Cette catégorie statistique ne correspond pas exclusivement aux courtiers en assurance. Elle rassemble différentes activités financières et assurantielles.
Ces chiffres signalent une progression des défaillances dans des ensembles sectoriels, mais ne permettent pas de mesurer précisément la situation de chaque profession.
5. Conseil et services aux entreprises : des défaillances en hausse de 8,4 %
Les activités de conseil et de services aux entreprises enregistrent 9 040 défaillances sur douze mois, soit une augmentation de 8,4 % sur un an. Cette progression est nettement supérieure à celle observée pour l'ensemble des secteurs (+4,8 %).
Cette catégorie regroupe des activités variées, dont les modèles économiques et les conditions d'exploitation peuvent être très différents. Les statistiques ne permettent donc pas d'attribuer cette hausse à une profession particulière.
Pour certaines entreprises de services, la dépendance à un nombre limité de clients peut représenter une fragilité. La perte d'un contrat important, le report d'une mission ou l'allongement des délais de paiement peuvent rapidement réduire les recettes disponibles.
Les charges continuent pourtant de peser sur l'activité. Les salaires, les loyers, les abonnements professionnels et les autres frais de fonctionnement doivent être financés, même lorsque le volume des missions diminue.
Pour limiter ces risques, les entreprises concernées ont notamment intérêt à surveiller la concentration de leur portefeuille clients, la rentabilité de leurs prestations et les délais de règlement.
6. Construction : les défaillances reculent malgré un volume élevé
Avec 14 354 défaillances sur douze mois, la construction représente un volume important de défaillances. Leur nombre diminue toutefois de 2,4 % sur un an, contrairement à la tendance nationale.
Cette évolution montre que les défaillances ne progressent pas uniformément dans tous les secteurs. Elle ne signifie cependant pas que les entreprises du bâtiment sont à l'abri des difficultés financières.
Le fonctionnement d'une entreprise de construction peut nécessiter des dépenses importantes avant l'encaissement des règlements. L'achat de matériaux, la rémunération des salariés, la location de matériel et les frais liés aux chantiers peuvent mobiliser une trésorerie conséquente.
Un décalage entre les dépenses engagées et les paiements reçus peut ainsi fragiliser une entreprise, même lorsque son carnet de commandes reste rempli.
Les retards de chantier, les imprévus techniques ou les variations du coût des matériaux peuvent également réduire la rentabilité d'une opération lorsque ces dépenses supplémentaires ne peuvent pas être facturées au client, notamment en raison des conditions contractuelles applicables.
Pour les professionnels du bâtiment, le suivi de la trésorerie, des marges par chantier et des délais de paiement reste donc essentiel, malgré la baisse annuelle des défaillances observée dans le secteur.