1. Erreur involontaire et faute intentionnelle : quelle différence ?
La frontière entre une faute susceptible d’être couverte par la RC Pro et une faute exclue ne dépend pas uniquement du caractère volontaire ou involontaire du geste accompli. Il faut notamment tenir compte des circonstances du sinistre, de la nature du dommage, des règles légales applicables ainsi que des garanties et exclusions prévues par le contrat d’assurance.
L’erreur involontaire : une faute susceptible d’être couverte par la RC Pro
Dans le cadre d’une activité professionnelle, il est difficile d’éviter totalement les erreurs, oublis ou maladresses. C’est précisément l’un des rôles de la RC Pro : couvrir, selon les garanties souscrites, les conséquences financières de certaines fautes professionnelles non intentionnelles.
Exemples d’erreurs professionnelles involontaires :
- ● Vous oubliez de remettre un rapport dans les délais, ce qui entraîne un préjudice pour votre client.
- ● Vous fournissez un conseil à partir d’une donnée erronée sans avoir connaissance de l’erreur.
- ● Vous endommagez accidentellement le matériel d’un client pendant une intervention.
- ● Vous omettez une information importante dans un document ou un livrable.
Selon votre profession, votre contrat et les circonstances du sinistre, ce type de situation peut entrer dans le champ d’application de votre assurance RC Pro.
La faute intentionnelle ou dolosive : une situation particulière
L’article L. 113-1 du Code des assurances prévoit que l’assureur ne répond pas des pertes et dommages provenant d’une faute intentionnelle ou dolosive de l’assuré.
Attention toutefois : le simple fait d’avoir accompli volontairement un acte ne signifie pas automatiquement que le dommage qui en résulte constitue une faute intentionnelle ou dolosive au sens du droit des assurances. Cette qualification dépend des circonstances précises de chaque situation.
Certains comportements peuvent notamment soulever des difficultés de garantie :
- ● la falsification volontaire d’un document ;
- ● le non-respect délibéré d’une obligation légale ou réglementaire ;
- ● la dissimulation volontaire d’une information importante à un client ;
- ● la modification consciente de données afin de masquer une erreur ou d’obtenir un avantage indu.
Selon les faits, ces comportements peuvent relever d’une faute intentionnelle ou dolosive, d’une exclusion contractuelle spécifique ou engager la responsabilité du professionnel sur un autre fondement. Une analyse au cas par cas est donc nécessaire.
Faute intentionnelle, négligence ou imprudence : une distinction parfois complexe
Dans certaines situations, la frontière entre négligence, imprudence, manquement délibéré et faute intentionnelle ou dolosive peut être difficile à déterminer.
L’assureur et, en cas de litige, le juge peuvent notamment examiner :
- ● les circonstances dans lesquelles l’acte a été commis ;
- ● les informations dont disposait le professionnel au moment des faits ;
- ● la nature exacte du comportement reproché ;
- ● le dommage effectivement survenu ;
- ● les échanges avec le client ;
- ● les procédures internes mises en place ;
- ● les éventuels avertissements ou alertes reçus avant le sinistre.
Conserver les documents, validations et échanges écrits peut donc jouer un rôle important pour établir précisément les circonstances d’un incident professionnel.
2. Pourquoi certaines fautes sont-elles exclues d’une RC Pro ?
L’assurance repose sur la couverture d’un risque dont la réalisation présente un caractère incertain. Le Code des assurances encadre ainsi les conditions dans lesquelles les fautes de l’assuré peuvent être garanties ou exclues.
La faute de l’assuré peut être couverte
Contrairement à une idée reçue, le fait qu’un dommage trouve son origine dans une faute de l’assuré n’empêche pas nécessairement l’intervention de l’assurance.
L’article L. 113-1 du Code des assurances prévoit que les pertes et dommages causés par la faute de l’assuré sont à la charge de l’assureur, sauf lorsqu’une exclusion formelle et limitée prévue par le contrat est applicable. Toutefois, l’assureur ne répond pas des pertes et dommages provenant d’une faute intentionnelle ou dolosive de l’assuré.
Les exclusions prévues par le contrat
En complément des règles prévues par la loi, un contrat de RC Pro peut comporter des exclusions correspondant à certains risques, activités ou comportements.
Ces exclusions peuvent notamment concerner, selon les contrats :
- ● certaines activités non déclarées à l’assureur ;
- ● certains engagements contractuels spécifiques ;
- ● certaines sanctions, amendes ou pénalités ;
- ● certains comportements frauduleux ou délibérés ;
- ● certaines catégories de dommages expressément exclues.
Les exclusions de garantie doivent toutefois respecter les conditions prévues par le droit des assurances. Leur contenu et leur portée peuvent varier fortement d’un contrat à l’autre.
Attention : il est essentiel de consulter les conditions générales et particulières de votre RC Pro afin d’identifier précisément les garanties, leurs limites et les exclusions applicables.
3. Les conséquences en cas de faute intentionnelle ou d’exclusion de garantie
Un possible refus de garantie par l’assureur
Lorsque les conditions d’une exclusion légale ou contractuelle sont réunies, l’assureur peut opposer cette exclusion dans les conditions prévues par la loi et par le contrat.
Selon la situation, cela peut notamment affecter :
- ● la prise en charge des conséquences financières du sinistre ;
- ● certains frais liés au litige ;
- ● la prise en charge des dommages relevant précisément de l’exclusion applicable.
Le professionnel peut alors être amené à supporter personnellement tout ou partie des conséquences financières du dommage.
Une indemnisation potentiellement à la charge du professionnel
Lorsqu’un sinistre susceptible de mobiliser la garantie survient, il est recommandé de consulter rapidement les modalités de déclaration prévues par votre contrat et de contacter votre assureur dans le délai applicable. Conformément à l’article L. 113-2 du Code des assurances, ce délai contractuel ne peut, en principe, être inférieur à cinq jours ouvrés, sous réserve des délais particuliers prévus pour certains risques.
Un client ou un tiers qui estime avoir subi un préjudice peut demander réparation lorsque les conditions de la responsabilité du professionnel sont réunies.
Le dommage peut notamment prendre la forme :
Lorsque la garantie RC Pro ne peut pas être mobilisée, les conséquences financières du sinistre peuvent peser directement sur la trésorerie de l’entreprise ou du professionnel.
Le droit d’action du tiers lésé
En application de l’article L. 124-3 du Code des assurances, le tiers lésé dispose d’un droit d’action directe à l’encontre de l’assureur garantissant la responsabilité civile de la personne responsable.
L’existence de ce droit ne signifie toutefois pas que toutes les réclamations sont nécessairement garanties : l’étendue de la couverture dépend notamment des garanties souscrites, des exclusions opposables et des circonstances du sinistre.
Des conséquences juridiques possibles
Certaines fautes peuvent également avoir des conséquences dépassant le seul cadre de l’assurance responsabilité civile professionnelle.
Selon la nature des faits, un comportement peut engager la responsabilité civile de son auteur et, lorsque les éléments constitutifs d’une infraction sont réunis, donner lieu à des poursuites pénales.
Les conséquences dépendent alors de la nature du comportement, du préjudice subi et des circonstances propres au dossier.
Un risque pour la réputation professionnelle
Un comportement fautif, notamment lorsqu’il est délibéré, peut également avoir un impact durable sur l’image d’une entreprise ou d’un indépendant.
Il peut notamment entraîner :
- ● une perte de confiance de la part des clients ;
- ● la rupture de partenariats commerciaux ;
- ● des difficultés à obtenir de nouveaux contrats ;
- ● une atteinte à la réputation de l’entreprise.
Dans de nombreuses activités, la confiance constitue un élément central de la relation commerciale. La prévention des risques ne doit donc pas se limiter aux seules conséquences financières d’un sinistre.
Documenter systématiquement vos prestations
Conserver une trace écrite des différentes étapes d’une mission permet de mieux comprendre les circonstances d’un éventuel sinistre et d’établir le déroulement réel de la prestation.
Il est notamment recommandé de conserver :
- ● les contrats et devis ;
- ● les bons de commande ;
- ● les factures ;
- ● les échanges d’e-mails ;
- ● les comptes rendus de réunions ;
- ● les validations du client ;
- ● les versions successives des livrables.
Cette documentation peut être particulièrement utile en cas de désaccord avec un client ou de déclaration de sinistre auprès de l’assureur.
Mettre en place des procédures de contrôle interne
Une organisation rigoureuse permet de réduire le nombre d’erreurs professionnelles et de limiter les risques de réclamation.
Vous pouvez par exemple :
- ● utiliser des listes de contrôle avant chaque livraison ;
- ● mettre en place un double contrôle sur les documents sensibles ;
- ● faire valider certaines décisions importantes ;
- ● utiliser un outil de gestion de projet pour suivre les échéances ;
- ● formaliser les procédures internes de votre entreprise.
Déclarer rapidement un incident à votre assureur
Lorsqu’un sinistre susceptible de mobiliser la garantie survient, il est recommandé de consulter rapidement les modalités de déclaration prévues par votre contrat et de contacter votre assureur dans le délai applicable. Conformément à l’article L. 113-2 du Code des assurances, ce délai contractuel ne peut, en principe, être inférieur à cinq jours ouvrés, sous réserve des délais particuliers prévus pour certains risques.
Vous pourrez notamment lui transmettre :
- ● une description précise des faits ;
- ● les documents disponibles ;
- ● les échanges avec le client ;
- ● les premières estimations du préjudice éventuel.
Une déclaration effectuée conformément aux modalités du contrat facilite l’analyse du dossier et permet à l’assureur de vous indiquer les démarches à suivre.
Éviter de reconnaître sa responsabilité ou de conclure un accord sans consulter son assureur
Lorsqu’un incident survient, il peut être utile de prévenir rapidement le client et de prendre les mesures permettant de limiter les conséquences du dommage. Il convient toutefois de consulter son contrat et son assureur avant de reconnaître formellement sa responsabilité ou de conclure une transaction.
En effet, l’article L. 124-2 du Code des assurances permet au contrat de prévoir qu’une reconnaissance de responsabilité ou une transaction intervenue en dehors de l’assureur ne lui soit pas opposable. En revanche, le simple aveu de la matérialité d’un fait ne peut être assimilé à une reconnaissance de responsabilité.
Selon la situation, il peut être utile de :
- ● identifier précisément l’origine du problème ;
- ● prendre les mesures nécessaires pour éviter l’aggravation du dommage ;
- ● prévenir le client lorsque cela est approprié ;
- ● conserver une trace écrite des échanges ;
- ● informer rapidement son assureur lorsqu’une réclamation est possible.
Dans une entreprise employant plusieurs collaborateurs, la prévention repose également sur des procédures partagées.
Vous pouvez notamment sensibiliser votre équipe :
- ● aux obligations propres à votre activité ;
- ● aux principales garanties et exclusions du contrat RC Pro ;
- ● aux procédures de validation interne ;
- ● à l’importance de documenter les décisions ;
- ● aux bons réflexes à adopter en cas d’incident.
Une culture de la prévention, de la responsabilité et de la traçabilité contribue à réduire les risques professionnels et les situations de conflit avec les clients.
5. Votre RC Pro couvre-t-elle toutes les erreurs professionnelles ?
Non. Une RC Pro ne couvre pas nécessairement toutes les situations rencontrées dans le cadre de votre activité.
L’étendue de la protection dépend notamment :
- ● de votre profession et des activités déclarées à l’assureur ;
- ● des garanties souscrites ;
- ● des plafonds d’indemnisation ;
- ● des franchises ;
- ● des exclusions prévues au contrat ;
- ● de la territorialité de la garantie ;
- ● des circonstances précises du sinistre.
Il est donc essentiel de vérifier que votre contrat correspond réellement aux risques auxquels votre activité est exposée et que les activités exercées sont correctement déclarées.
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6. FAQ
Une erreur professionnelle est-elle couverte par la RC Pro ?
Une erreur, une omission, une négligence ou une imprudence peut être couverte par une RC Pro lorsqu’elle entre dans le champ des garanties prévues au contrat. La prise en charge dépend toutefois des circonstances du sinistre, des activités garanties, des exclusions, des franchises et des plafonds applicables.
Une faute intentionnelle est-elle couverte par la RC Pro ?
L’article L. 113-1 du Code des assurances prévoit que l’assureur ne répond pas des pertes et dommages provenant d’une faute intentionnelle ou dolosive de l’assuré. Le simple caractère volontaire d’un acte ne permet cependant pas, à lui seul, de conclure automatiquement à l’existence d’une faute intentionnelle ou dolosive : cette qualification dépend des circonstances propres à chaque affaire.
Un acte volontaire est-il toujours exclu de la RC Pro ?
Non. Il faut distinguer le caractère volontaire de l’acte de la qualification juridique de faute intentionnelle ou dolosive et des exclusions prévues par le contrat. Un acte accompli volontairement ne signifie donc pas nécessairement que l’ensemble de ses conséquences dommageables est automatiquement exclu de la garantie.
Que faire après une erreur professionnelle ?
Il est recommandé de conserver tous les éléments relatifs à l’incident, de prendre les mesures raisonnables permettant d’éviter l’aggravation du dommage et de consulter rapidement les modalités de déclaration prévues par votre contrat d’assurance. En cas de réclamation ou de risque de litige, contactez votre assureur afin de connaître la procédure à suivre.
La qualification dépend des circonstances précises de l’affaire et ne peut pas être déterminée uniquement à partir du caractère volontaire du comportement. La nature de l’acte, ses conséquences, les informations dont disposait le professionnel et les éléments permettant d’établir son intention peuvent notamment être examinés. En cas de contestation, cette qualification peut être appréciée par le juge.