Par Jean-David Boussemaer, le 11 août 2026 - 8 min de lecture

Devenir orthophoniste : formation, obligations et assurance

Vous envisagez de devenir orthophoniste ? L’accès à cette profession réglementée suppose de suivre une formation spécifique et d’obtenir le diplôme permettant d’exercer. Une fois diplômé, vous pouvez travailler comme salarié ou vous installer en libéral. Dans ce dernier cas, plusieurs démarches et obligations s’ajoutent, notamment en matière d’assurance.

orthophoniste

1. En résumé

  • Pour exercer en France, il faut obtenir le certificat de capacité d’orthophoniste (CCO) après cinq années d’études, avec des modalités de formation réformées pour les étudiants débutant leur cursus à compter de septembre 2026.
  • L’installation en libéral nécessite plusieurs formalités, notamment l’enregistrement du diplôme, l’obtention d’un numéro RPPS, les démarches auprès de la CPAM, la déclaration de l’activité et l’affiliation à la Carpimko.
  • L’orthophoniste doit respecter de nombreuses obligations professionnelles, dont le secret professionnel, la protection des données de santé et la responsabilité de ses actes, tandis que les erreurs de bilan, les contestations de soins ou les accidents au cabinet peuvent engager sa responsabilité.
  • En libéral, la responsabilité civile professionnelle est obligatoire et peut être complétée par une assurance du cabinet, une prévoyance et d’autres protections adaptées aux risques liés au matériel, aux arrêts de travail, aux déplacements ou à l’emploi de salariés.

2. Quel est le rôle d’un orthophoniste ?

L’orthophoniste est un professionnel de santé spécialisé dans la prévention, l’évaluation et la prise en charge des troubles de la communication, du langage et de certaines fonctions associées. Contrairement à une idée répandue, son métier ne consiste donc pas uniquement à corriger les troubles de prononciation chez les enfants.

Votre champ d’intervention est particulièrement large. Vous pouvez prendre en charge des troubles du langage oral ou écrit, de la parole et de la voix, mais également des difficultés liées à la cognition mathématique ou aux fonctions oro-myo-faciales. Ces missions sont définies par le Code de la santé publique.

Vous pouvez ainsi accompagner des patients à tous les âges de la vie. Il peut s’agir d’un enfant rencontrant des difficultés dans l’acquisition du langage ou de la lecture, d’un adulte présentant des séquelles d’une atteinte neurologique ou encore d’une personne âgée touchée par une maladie neurodégénérative.

Concrètement, vous réalisez notamment des bilans afin d’évaluer les difficultés du patient et d’établir un diagnostic orthophonique. À partir de celui-ci, vous déterminez les objectifs de la prise en charge et mettez en place des séances adaptées à la situation et à l’évolution du patient.

Votre rôle ne se limite toutefois pas aux soins. Vous pouvez également participer à des actions de prévention et de dépistage, à l’éducation thérapeutique des patients, au conseil de leur entourage ou encore à des actions de santé publique.

Exercer comme orthophoniste demande ainsi de solides connaissances scientifiques et des compétences techniques, mais aussi de réelles qualités humaines. L’écoute, la patience et la capacité à adapter votre communication sont essentielles pour instaurer une relation de confiance avec vos patients et leur entourage.

3. Quelles études faut-il suivre pour devenir orthophoniste ?

En France, l’orthophonie est une profession de santé réglementée. Pour exercer, vous devez obligatoirement être titulaire du certificat de capacité d’orthophoniste (CCO). Une formation privée ou quelques modules consacrés au langage et à la communication ne permettent donc pas de devenir orthophoniste.

La formation conduisant au CCO a fait l’objet d’une réforme en 2026. Les nouvelles modalités concernent les étudiants qui débutent leur cursus à compter du 1er septembre 2026. Si vous avez commencé vos études avant cette date, des dispositions transitoires sont prévues.

Comment accéder aux études d’orthophonie ?

Pour candidater à une formation conduisant au certificat de capacité d’orthophoniste, vous devez notamment être titulaire du baccalauréat, du diplôme d’accès aux études universitaires (DAEU) ou d’un diplôme français ou étranger admis en dispense ou en équivalence du baccalauréat. La réglementation prévoit également certaines possibilités d’accès sur la base d’une qualification ou d’une expérience jugée suffisante.

L’admission est sélective. Si vous êtes lycéen ou étudiant en réorientation, vous devez donc préparer soigneusement votre candidature et vous renseigner sur les modalités d’admission des établissements qui vous intéressent.

Votre parcours doit également être cohérent avec les compétences nécessaires à l’exercice de la profession. Une excellente maîtrise du français est notamment indispensable. L’orthophoniste travaille quotidiennement sur le langage, la communication, la parole ou encore l’écrit. Le Code de la santé publique précise d’ailleurs que l’exercice de l’orthophonie nécessite la maîtrise de la langue dans toutes ses composantes.

Combien de temps durent les études d’orthophoniste ?

Vous devez compter cinq années d’études pour obtenir le certificat de capacité d’orthophoniste.

Ce cursus universitaire ne repose pas uniquement sur des enseignements théoriques. Au fil de votre formation, vous développez également les compétences cliniques nécessaires à la prise en charge des patients et effectuez des stages afin de vous confronter progressivement aux réalités du métier.

Le référentiel de formation applicable depuis la réforme de 2026 accorde notamment une place importante à la démarche de soins, à la relation avec le patient, à la gestion de la pratique professionnelle, à la recherche scientifique et à la santé publique.

Ces cinq années vous permettent ainsi de passer progressivement de l’acquisition des connaissances fondamentales à leur application auprès des patients. Vous devez donc vous préparer à un cursus exigeant, associant enseignements universitaires, stages et apprentissage de la pratique clinique.

4. Quelles qualités faut-il pour devenir orthophoniste ?

Devenir orthophoniste ne demande pas uniquement de maîtriser des connaissances médicales, linguistiques et scientifiques. Vous exercez avant tout un métier de contact, auprès de patients dont les besoins et les difficultés peuvent être très différents.

Vous pouvez notamment accompagner des enfants rencontrant des troubles du langage ou de l’apprentissage, des personnes en situation de handicap, des adultes présentant des séquelles après une maladie ou un accident ou encore des personnes âgées confrontées à des troubles neurologiques. Vous devez donc être capable d’adapter votre approche à l’âge, aux capacités et à la situation de chaque patient.

L’écoute et la patience sont essentielles. Les progrès peuvent être progressifs et nécessiter un accompagnement sur plusieurs mois. Vous devez savoir encourager vos patients, maintenir leur motivation et instaurer une relation de confiance, sans perdre de vue les objectifs thérapeutiques.

De bonnes capacités de communication sont également indispensables. Vous devez expliquer vos observations et votre démarche de manière compréhensible, aussi bien au patient qu’à son entourage. Selon les situations, vous pouvez également être amené à échanger avec d’autres professionnels de santé.

Enfin, le métier exige beaucoup de rigueur et de solides capacités d’analyse. Vous devez évaluer les difficultés rencontrées, établir un diagnostic orthophonique, définir les objectifs de la prise en charge et adapter les soins en fonction de l’évolution du patient.

Cette autonomie implique une véritable responsabilité professionnelle. Vous devez donc être méthodique, organisé et capable de prendre des décisions dans le respect de votre champ de compétences.

5. Où pouvez-vous exercer comme orthophoniste ?

Une fois votre diplôme obtenu et les formalités nécessaires accomplies, vous pouvez exercer dans des environnements très différents. Deux grandes possibilités s’offrent à vous : devenir orthophoniste salarié ou vous installer en libéral.

En tant que salarié, vous pouvez notamment travailler dans un hôpital, une clinique, un établissement médico-social, un centre de santé ou une structure spécialisée accueillant des personnes en situation de handicap. Vous exercez alors au sein d’une équipe et pouvez être amené à collaborer régulièrement avec d’autres professionnels de santé.

Vous pouvez également choisir l’exercice libéral, en créant ou en reprenant un cabinet d’orthophonie. Vous pouvez exercer seul ou partager vos locaux avec d’autres professionnels. Cette dernière solution permet notamment de mutualiser certaines dépenses liées au local et à son fonctionnement.

Cette indépendance implique toutefois de prendre en charge des tâches qui dépassent les soins apportés aux patients. Vous devez gérer vos dépenses professionnelles, votre matériel, les démarches administratives, vos relations avec les organismes sociaux ainsi que la protection de votre activité et de votre cabinet.

Le choix entre salariat et exercice libéral dépend donc de vos priorités. Si vous recherchez un cadre de travail structuré et souhaitez évoluer au sein d’une équipe, le salariat peut vous convenir. Si vous souhaitez davantage d’autonomie et êtes prêt à gérer votre propre activité, l’installation en libéral constitue une autre possibilité. Il est également possible, au cours de votre carrière, de combiner ou de faire évoluer ces différents modes d’exercice.

6. Quelles démarches effectuer pour exercer comme orthophoniste ?

L’obtention du certificat de capacité d’orthophoniste ne suffit pas, à elle seule, pour commencer votre activité. Avant d’accueillir vos premiers patients, vous devez accomplir plusieurs formalités administratives.

Vous devez tout d’abord faire enregistrer votre diplôme ou votre titre professionnel selon la procédure applicable. Cette démarche permet notamment votre identification dans le Répertoire partagé des professionnels intervenant dans le système de santé (RPPS) et l’attribution de votre numéro RPPS. Cet identifiant vous accompagne ensuite tout au long de votre activité professionnelle.

Les démarches à effectuer dépendent également de votre mode d’exercice. Si vous choisissez de devenir orthophoniste libéral, vous devez notamment vous rapprocher de la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) de votre lieu d’exercice afin d’effectuer les formalités nécessaires à votre installation et, le cas échéant, à votre conventionnement.

Vous devez également déclarer la création de votre activité sur le guichet unique des formalités des entreprises. Cette démarche permet de transmettre les informations nécessaires aux différents organismes concernés par votre installation.

En tant qu’orthophoniste libéral, vous relevez par ailleurs de la Carpimko, la caisse de retraite et de prévoyance des auxiliaires médicaux exerçant en libéral. Les informations nécessaires à votre affiliation lui sont transmises dans le cadre des formalités de création de votre activité.

Si vous exercez sous le régime conventionnel, vos relations avec l’Assurance Maladie sont également encadrées par la convention nationale des orthophonistes. Celle-ci détermine notamment les règles applicables à l’exercice conventionné, à la facturation des actes et à leur prise en charge par l’Assurance Maladie.

Enfin, votre installation en libéral implique d’anticiper certaines obligations directement liées à votre activité. Vous devez notamment souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle, obligatoire pour les professionnels de santé exerçant à titre libéral dans les conditions prévues par le Code de la santé publique.

Ces démarches doivent être préparées suffisamment tôt afin que votre situation administrative, sociale et assurantielle soit en règle au moment de commencer à recevoir vos patients.

7. Quelles sont les obligations d’un orthophoniste ?

L’orthophoniste exerce une profession de santé réglementée. Vous bénéficiez d’une certaine autonomie dans la prise en charge de vos patients, mais celle-ci s’accompagne de plusieurs obligations destinées notamment à garantir la qualité et la sécurité des soins.

Vous êtes tout d’abord responsable des actes que vous réalisez. Dans votre champ de compétences, vous établissez le diagnostic orthophonique et décidez des soins à mettre en œuvre. Le Code de la santé publique reconnaît ainsi l’indépendance de l’orthophoniste dans son exercice tout en précisant qu’il agit sous sa propre responsabilité.

Vous devez également respecter les conditions de prise en charge prévues par la réglementation. En principe, l’orthophoniste pratique sur prescription médicale. La loi permet toutefois une prise en charge sans prescription dans certains cadres d’exercice coordonné, sous les conditions prévues par le Code de la santé publique. En cas d’urgence et en l’absence d’un médecin, l’orthophoniste est également habilité à accomplir les soins nécessaires sans prescription médicale.

Comme tout professionnel de santé, vous êtes par ailleurs tenu au secret professionnel. Les informations concernant la santé, la situation personnelle ou les échanges avec vos patients ne peuvent pas être divulguées librement. Cette obligation concerne aussi bien les conversations que les documents et données auxquels vous avez accès dans le cadre de votre activité.

La protection des données de santé constitue donc un autre point essentiel. Si vous exercez en libéral, vous devez organiser votre cabinet de manière à préserver la confidentialité des dossiers : accès aux données, conservation des documents, utilisation des outils numériques ou encore échanges avec les autres professionnels intervenant dans la prise en charge.

Si vous exercez à titre libéral, une obligation supplémentaire concerne directement la protection de votre activité : vous devez souscrire une assurance couvrant votre responsabilité civile professionnelle dans les conditions prévues par l’article L. 1142-2 du Code de la santé publique, notamment lorsqu’elle est susceptible d’être engagée en raison de dommages subis par des tiers résultant d’atteintes à la personne dans le cadre de votre activité.

8. À quoi sert la RC Pro ?

La responsabilité civile professionnelle a vocation à vous protéger lorsqu’un tiers, notamment un patient, estime avoir subi un dommage en raison d’une faute commise dans le cadre de votre activité d’orthophoniste.

Prenons un exemple. Un patient considère qu’une erreur lors de son bilan orthophonique aurait entraîné une prise en charge inadaptée et lui aurait causé un préjudice. Il décide alors de mettre en cause votre responsabilité et réclame une indemnisation.

Selon les circonstances et les garanties prévues par votre contrat, votre RC Pro peut prendre en charge les conséquences financières de cette réclamation lorsque votre responsabilité est engagée.

La garantie peut notamment concerner différents types de dommages causés à des tiers : dommages corporels, matériels ou immatériels, dans les limites et conditions prévues par le contrat.

La RC Pro peut également intervenir lorsqu’un patient met en cause votre responsabilité à la suite d’une erreur, d’une omission, d’une négligence ou, plus généralement, d’un manquement professionnel couvert. Selon le contrat souscrit, des garanties peuvent également prendre en charge certains frais nécessaires pour assurer votre défense en cas de réclamation.

L’intérêt d’une RC Pro ne se limite donc pas aux situations dans lesquelles votre responsabilité est finalement reconnue. Une réclamation peut nécessiter des démarches et une défense même lorsqu’elle se révèle infondée.

Attention toutefois : tous les sinistres ne sont pas automatiquement couverts. Les garanties varient d’un contrat à l’autre. Avant de souscrire votre assurance RC Pro pour orthophoniste, vérifiez notamment que l’ensemble de vos activités professionnelles est correctement déclaré. Examinez également les exclusions de garantie, les franchises, les plafonds d’indemnisation et les conditions d’intervention de l’assureur.

L’objectif est de choisir une couverture réellement adaptée à votre pratique et aux risques auxquels vous êtes exposé en tant qu’orthophoniste.

9. Faut-il également assurer son cabinet d’orthophonie ?

La responsabilité civile professionnelle protège votre activité contre certains dommages causés à des tiers, mais elle n’a pas vocation à couvrir l’ensemble des risques auxquels votre cabinet est exposé. Si vous exercez en libéral dans un local professionnel, vous pouvez avoir intérêt à compléter votre RC Pro par une assurance multirisque professionnelle.

Cette assurance peut notamment protéger votre local et vos biens professionnels, selon les garanties souscrites. Votre mobilier, votre ordinateur, votre matériel pédagogique et les différents équipements nécessaires à votre activité peuvent représenter un investissement important.

Imaginez, par exemple, qu’un dégât des eaux endommage votre cabinet et une partie de votre matériel. Un incendie, un cambriolage ou un acte de vandalisme peut également entraîner des réparations et le remplacement de certains équipements. Selon votre contrat, une multirisque professionnelle peut couvrir tout ou partie des conséquences financières de ces événements.

Certaines garanties peuvent également protéger votre activité lorsqu’un sinistre vous empêche temporairement d’utiliser votre cabinet. Une garantie pertes d’exploitation, lorsqu’elle est prévue au contrat et que ses conditions sont réunies, peut notamment compenser certaines pertes financières consécutives à un sinistre garanti pendant la période nécessaire à la reprise de l’activité.

La multirisque professionnelle peut donc être particulièrement pertinente si vous avez investi dans l’aménagement de votre cabinet ou disposez de matériel que vous auriez des difficultés à remplacer rapidement.

Si vous êtes locataire de votre cabinet, vérifiez également les obligations prévues par votre bail et les garanties exigées pour l’occupation des locaux. Votre contrat doit être adapté à votre situation, notamment selon que vous êtes locataire, propriétaire occupant ou que vous partagez le cabinet avec d’autres professionnels.

RC Pro et multirisque professionnelle répondent ainsi à des besoins différents mais complémentaires : la première protège principalement votre responsabilité envers les tiers, tandis que la seconde peut protéger votre cabinet, vos équipements et, selon les garanties choisies, la continuité de votre activité.

Avant de souscrire, prenez donc en compte la valeur de votre matériel, les caractéristiques de votre local et les principaux risques auxquels votre cabinet est réellement exposé. Vérifiez également les franchises, plafonds, exclusions et conditions d’indemnisation prévus par le contrat.

10. Quelles autres protections envisager en libéral ?

Lorsque vous exercez en libéral, la RC Pro et l’assurance de votre cabinet ne sont pas nécessairement les seules protections à envisager. Votre activité dépend également de votre capacité à travailler et, dans certaines situations, de vos déplacements ou de vos salariés.

La prévoyance peut notamment compléter votre protection. Une maladie ou un accident entraînant un arrêt de travail prolongé peut provoquer une diminution importante de vos revenus, alors que certaines charges professionnelles et personnelles continuent de courir. Selon le contrat choisi, la prévoyance peut prévoir le versement d’indemnités en cas d’incapacité de travail, d’invalidité ou de décès.

Vous pouvez également vous intéresser à la couverture des accidents du travail et des maladies professionnelles. Les professionnels libéraux ne bénéficient pas automatiquement de la même protection que les salariés dans ce domaine. Il est possible, sous certaines conditions, de souscrire une assurance volontaire individuelle auprès de l’Assurance Maladie afin de bénéficier d’une couverture spécifique.

Si votre activité vous conduit à effectuer des déplacements professionnels en voiture, vérifiez également votre contrat d’assurance automobile. L’utilisation du véhicule dans un cadre professionnel doit être compatible avec l’usage déclaré auprès de votre assureur.

Enfin, si vous employez un ou plusieurs salariés dans votre cabinet, vous devenez employeur et devez respecter les obligations correspondantes. Cela concerne notamment, selon votre situation, la complémentaire santé collective, la prévoyance et la couverture des accidents du travail.

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