1. En résumé
- ➜ L’entretien de l’installation électrique est une obligation légale pour tout professionnel, notamment au titre de l’obligation générale de sécurité, de la réglementation des ERP et du Code du travail.
- ➜ En cas de sinistre, l’assureur mandate un expert qui analyse la cause du feu, l’état de l’installation et l’existence éventuelle d’un défaut d’entretien ou d’une négligence caractérisée.
- ➜ Une installation ancienne n’empêche pas l’indemnisation. En revanche, une négligence caractérisée ou un danger signalé et non corrigé peut entraîner une réduction d’indemnité, voire l’application d’une clause d’exclusion ou de déchéance prévue au contrat.
- ➜ Si des tiers subissent des dommages, la responsabilité civile professionnelle peut être engagée. En cas de faute intentionnelle, l’assureur n’est pas tenu à garantie. En cas de faute grave, un recours contre l’assuré peut être envisagé selon les stipulations contractuelles.
- ➜ Pour sécuriser sa couverture, il est essentiel de respecter les obligations réglementaires, de conserver les preuves de contrôle et de travaux, de corriger rapidement les anomalies et de déclarer toute modification significative susceptible d’aggraver le risque.
2. L’entretien électrique : une simple précaution ou une obligation ?
Vous pourriez être tenté de considérer l’entretien électrique comme une mesure de bon sens, recommandée mais non indispensable. En réalité, pour un professionnel, il s’agit rarement d’un simple choix. C’est avant tout une obligation juridique qui découle de votre responsabilité d’exploitant.
En tant que dirigeant, vous êtes tenu à une obligation générale de sécurité. Cela signifie que vous devez prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter qu’un risque prévisible ne cause un dommage à vos salariés, à vos clients ou à des tiers. Une installation électrique défectueuse, mal entretenue ou non conforme constitue précisément un risque prévisible.
Votre responsabilité peut être engagée même en l’absence d’accident, dès lors qu’un danger manifeste est constaté par l’autorité compétente.
Si vous recevez du public : la réglementation des ERP
Si votre activité implique l’accueil de clients ou d’usagers dans vos locaux, vous relevez probablement de la réglementation des établissements recevant du public (ERP).
Dans ce cadre, les installations électriques doivent faire l’objet de vérifications périodiques par un organisme ou un technicien compétent, selon la catégorie d’ERP. Ces contrôles ne sont pas facultatifs : ils visent à s’assurer que l’installation ne présente pas de risque d’électrocution ou d’incendie.
Un rapport est établi à l’issue de la vérification. En cas d’anomalie, vous êtes tenu d’effectuer les travaux correctifs nécessaires. Ignorer ces observations peut caractériser une négligence.
En cas de sinistre, l’expert mandaté par l’assureur demandera systématiquement ces rapports.
Si vous employez des salariés : le Code du travail
Dès lors que vous avez au moins un salarié, vous devez garantir sa sécurité et protéger sa santé. Cette obligation est particulièrement exigeante (obligation de sécurité).
Le Code du travail impose le maintien des installations électriques en état de conformité et prévoit des vérifications initiales et périodiques. Vous devez être en mesure de prouver que ces contrôles ont été réalisés.
En cas d’accident d’origine électrique, votre responsabilité civile, voire pénale, peut être engagée si un défaut d’entretien ou de mise en conformité est établi.
Il ne suffit pas que l’installation fonctionne : elle doit être entretenue et conforme.
Si vous êtes propriétaire ou locataire : une responsabilité à clarifier
La question de la responsabilité varie selon votre situation contractuelle.
Si vous êtes propriétaire de vos locaux professionnels, vous êtes responsable de la conformité initiale et du maintien en état de l’installation électrique.
Si vous êtes locataire, la répartition dépend des clauses du bail commercial. En principe, le bailleur conserve la charge des grosses réparations (article 606 du Code civil), sauf clause contraire. L’entretien courant et les réparations liées à l’exploitation incombent généralement au locataire.
En cas de sinistre, assureur et expert analyseront précisément cette répartition contractuelle des responsabilités.
Une obligation qui dépasse le simple cadre réglementaire
Au-delà des textes, l’entretien électrique s’inscrit dans une logique globale de gestion des risques.
Une installation vieillissante, surchargée ou modifiée sans mise en conformité peut devenir un facteur aggravant en cas d’incendie. Même en l’absence d’obligation formelle de contrôle annuel, vous devez pouvoir démontrer que vous avez agi avec prudence et diligence.
L’absence totale de vérification pendant plusieurs années peut être analysée comme un manquement à votre obligation de sécurité.
L’entretien électrique n’est donc pas une option destinée uniquement à rassurer l’assureur. C’est une obligation légale, contractuelle et stratégique.
Au moment du sinistre, la question ne sera pas seulement de savoir si vous êtes assuré. Elle sera de déterminer si vous avez respecté vos obligations.
3. Ce que regarde réellement l’assureur en cas de sinistre
Lorsqu’un incendie d’origine électrique survient, la déclaration n’est que la première étape. L’assureur mandate un expert afin d’analyser les circonstances exactes de l’événement.
Son rôle est d’établir les faits, de déterminer la cause du sinistre et de vérifier si les conditions contractuelles de garantie sont réunies.
L’expertise repose généralement sur trois axes :
- ● La cause précise du sinistre : court-circuit, surcharge, défaut d’isolement, appareil défectueux, modification non conforme, matériel vétuste. Cette étape permet de déterminer si l’événement relève d’un risque garanti.
- ● L’état général de l’installation : conformité apparente, entretien, dispositifs de protection, éventuelles modifications, cohérence entre la puissance installée et l’activité exercée.
- ● L’existence d’un manquement connu ou d’un défaut d’entretien caractérisé : c’est souvent sur ce point que se joue l’indemnisation.
Une installation ancienne n’exclut pas la garantie. En revanche, si un rapport signalait un danger grave et qu’aucune mesure corrective n’a été prise, l’assureur pourra invoquer :
- ● une exclusion contractuelle,
- ● une déchéance de garantie prévue au contrat,
- ● ou une réduction proportionnelle d’indemnité si une aggravation du risque n’a pas été déclarée.
L’assurance couvre l’aléa. Elle ne couvre pas la faute intentionnelle (article L113-1 du Code des assurances).
La distinction est donc essentielle :
- ● l’accident relève du risque assuré ;
- ● la négligence caractérisée peut fragiliser la garantie selon les stipulations contractuelles.
4. Peut-on vraiment perdre toute indemnisation ?
La crainte est compréhensible.
La déchéance de garantie est possible si elle est prévue au contrat et si les conditions sont réunies. Elle suppose généralement la violation d’une obligation contractuelle (par exemple, obligation d’entretien ou de déclaration).
Toutefois :
- ● elle ne s’applique pas automatiquement,
- ● elle doit être expressément prévue,
- ● et l’assureur doit démontrer le lien entre le manquement et le sinistre.
Deux situations doivent être distinguées :
- ●Vous ignoriez le défaut Aucune anomalie signalée, aucun manquement identifiable. En principe, la garantie reste acquise.
- ●Vous avez été alerté et n’avez rien fait Rapport mentionnant un danger, mise en demeure, absence de contrôle obligatoire. Si le sinistre trouve son origine dans ce manquement, l’assureur pourra réduire ou refuser l’indemnisation selon les clauses contractuelles.
Chaque dossier est analysé au cas par cas. La question est autant probatoire que juridique : serez-vous capable de démontrer votre diligence ?
5. Et si des tiers sont victimes ?
Si l’incendie cause des dommages à un voisin, à un client ou à un salarié, votre responsabilité civile peut être engagée (articles 1240 et suivants du Code civil).
Votre contrat de responsabilité civile professionnelle a vocation à indemniser les victimes.
Toutefois :
- ● la faute intentionnelle exclut la garantie ;
- ● certaines fautes d’une particulière gravité peuvent permettre à l’assureur d’exercer un recours contre vous si le contrat le prévoit.
La frontière entre vétusté tolérable et manquement fautif est parfois ténue. La traçabilité de vos contrôles est déterminante.
Vous ne pouvez pas supprimer totalement le risque électrique. En revanche, vous pouvez limiter fortement le risque de contestation.
- ● Respectez strictement les obligations réglementaires.
- ● Conservez tous les justificatifs (rapports, factures, attestations).
- ● Corrigez rapidement les anomalies signalées.
- ● Déclarez à votre assureur toute modification susceptible d’aggraver le risque (article L113-2 du Code des assurances).
Votre assurance est conçue pour couvrir l’imprévu. Elle ne remplace pas l’entretien.
C’est la combinaison entre conformité technique, traçabilité et contrat adapté qui sécurise réellement votre protection et celle de votre entreprise.