Par Jean-David Boussemaer, le 12 octobre 2026 - 6 min de lecture

Article L. 124-1 du Code des assurances

Un client vous reproche une erreur professionnelle, un fournisseur estime avoir subi un préjudice ou un visiteur se blesse dans vos locaux. Dans chacune de ces situations, votre responsabilité peut être recherchée et votre assurance professionnelle peut être sollicitée. A partir de quel moment votre assureur peut-il être tenu d'indemniser un tiers ? La simple survenance d'un dommage suffit-elle ?

Article L. 124-1 du Code des assurances

1. Que prévoit l'article L. 124-1 du Code des assurances ?

L'article L. 124-1 du Code des assurances encadre la mise en jeu des assurances de responsabilité. Il dispose :

« Dans les assurances de responsabilité, l'assureur n'est tenu que si, à la suite du fait dommageable prévu au contrat, une réclamation amiable ou judiciaire est faite à l'assuré par le tiers lésé. »

Cette disposition repose sur une distinction fondamentale : un dommage et une réclamation ne constituent pas le même événement.

Vous pouvez commettre une erreur professionnelle sans que votre client demande immédiatement réparation. De la même manière, un dommage peut être découvert plusieurs mois après sa survenance.

L'article L. 124-1 précise ainsi une condition nécessaire à l'obligation d'indemnisation de l'assureur : le tiers lésé doit avoir formulé une réclamation en lien avec un fait dommageable relevant du contrat.

Attention toutefois : cette réclamation ne signifie pas que votre assureur devra automatiquement indemniser le tiers. Encore faut-il que votre responsabilité soit engagée et que les conditions de garantie soient réunies.

2. Qu'est-ce qu'une réclamation amiable ou judiciaire ?

Une réclamation est une demande par laquelle une personne estimant avoir subi un préjudice sollicite réparation auprès de l'entreprise qu'elle considère comme responsable. L'article L. 124-1 distingue deux formes de réclamation.

La réclamation amiable

Une réclamation amiable intervient sans qu'une procédure judiciaire soit nécessaire.

Imaginons que vous soyez prestataire informatique. À la suite de votre intervention, un client constate un dysfonctionnement de son système et vous demande de prendre en charge les frais de remise en état.

Cette demande peut constituer une réclamation amiable, même si aucun avocat n'intervient et qu'aucune procédure n'a été engagée. Elle peut notamment prendre la forme d'un courrier ou d'un courriel.

Une demande orale n'est pas nécessairement dépourvue d'effet, mais son existence, sa date et son contenu peuvent être plus difficiles à établir. Il est donc préférable de conserver une trace écrite des échanges.

Vous n'avez pas besoin d'attendre une assignation devant un tribunal pour prévenir votre assureur.

La réclamation judiciaire

Une réclamation judiciaire intervient lorsque le tiers lésé engage une procédure pour obtenir réparation.

Par exemple, un client peut saisir une juridiction afin de demander une indemnisation après une prestation qu'il estime défectueuse.

Cette démarche ne signifie pas que votre responsabilité est automatiquement reconnue.Le juge peut notamment être amené à examiner la réalité du dommage, l'existence d'un fait générateur de responsabilité et le lien de causalité entre les deux.

Dans les deux situations, amiable ou judiciaire, votre assurance peut être concernée, sous réserve des garanties souscrites.

3. Quelle différence entre fait dommageable, dommage et réclamation ?

Pour comprendre l'article L. 124-1, il est important de distinguer trois notions.

Le fait dommageable correspond à l'événement ou au comportement à l'origine du préjudice. Il peut notamment s'agir d'une erreur professionnelle, d'une négligence ou d'un accident.

Le dommage désigne les conséquences subies par le tiers. Il peut être matériel, corporel ou immatériel.

La réclamation intervient lorsque la personne lésée demande réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi.

Prenons l'exemple d'un consultant qui commet une erreur dans une analyse financière remise à son client.

ÉvénementDate
Le consultant remet une analyse comportant une erreurMars 2025
Le client découvre les conséquences financières de cette erreurDécembre 2025
Le client réclame une indemnisationFévrier 2026

Dans cet exemple, plusieurs mois séparent la prestation initiale de la demande d'indemnisation. Cette distinction est particulièrement importante lorsque vous changez d'assureur ou lorsque votre contrat prend fin entre ces événements.

Le rôle de l'article L. 124-1-1

L'article L. 124-1-1 du Code des assurances complète cette approche en définissant le sinistre, pour les assurances de responsabilité relevant de ses dispositions. Il précise notamment qu'un sinistre peut comprendre plusieurs dommages résultant d'un même fait dommageable et ayant donné lieu à une ou plusieurs réclamations.

Cette règle est importante lorsqu'une même erreur professionnelle provoque des préjudices chez plusieurs clients. Il ne faut pas nécessairement considérer chaque réclamation comme un sinistre totalement indépendant. Leur regroupement éventuel doit être apprécié au regard des dispositions légales et contractuelles applicables.

4. Un dommage suffit-il à faire intervenir votre assurance ?

Pas nécessairement. L'article L. 124-1 prévoit qu'une réclamation amiable ou judiciaire doit être formulée par le tiers lésé à la suite du fait dommageable prévu au contrat. Toutefois, cette condition ne doit pas être confondue avec le mécanisme de déclenchement de la garantie dans le temps.

L'article L. 124-5 du Code des assurances distingue notamment deux mécanismes :

La garantie déclenchée par le fait dommageable

Dans ce système, le fait dommageable doit survenir pendant la période de validité de la garantie.

La réclamation peut être présentée ultérieurement, y compris après la résiliation du contrat, sous réserve des conditions légales et contractuelles applicables.

Par exemple, une entreprise commet une erreur en 2025, alors qu'elle est assurée. Son client découvre le préjudice et réclame réparation en 2026.

La garantie de 2025 peut être mobilisable, même si l'entreprise a changé d'assureur entre-temps.

La garantie déclenchée par la réclamation

Dans ce second système, la date de la réclamation joue un rôle déterminant.

La prise en charge dépend notamment de la période pendant laquelle la réclamation est formulée, de la connaissance du fait dommageable par l'assuré et des règles applicables aux contrats successifs.

Une garantie subséquente peut également permettre la prise en charge de certaines réclamations présentées après la fin du contrat.

Ces deux mécanismes ne sont pas librement interchangeables pour toutes les assurances de responsabilité. Leur application dépend notamment des dispositions légales propres aux garanties concernées.

Pour votre entreprise, le point essentiel est donc de vérifier le mode de déclenchement prévu par votre contrat. La date de l'erreur ne suffit pas toujours à déterminer quel assureur doit intervenir.

5. Une réclamation oblige-t-elle automatiquement l'assureur à indemniser ?

Non. L'existence d'une réclamation ne constitue pas, à elle seule, une preuve du droit à indemnisation. Avant de prendre en charge un sinistre, l'assureur doit notamment examiner les circonstances du dommage, la responsabilité de l'assuré et les conditions de garantie.

Point à vérifierConséquence possible
Votre responsabilité est-elle engagée ?Une demande injustifiée peut être contestée.
L'activité concernée est-elle assurée ?Une activité non garantie peut entraîner un refus de prise en charge.
Le dommage est-il couvert ?Certains préjudices peuvent être exclus du périmètre assuré.
La garantie est-elle applicable dans le temps ?Les dates du fait dommageable et de la réclamation peuvent être déterminantes.
Existe-t-il une exclusion, une franchise ou un plafond ?La prise en charge peut être exclue, limitée ou laisser une somme à votre charge.

Prenons un exemple :

Un client vous réclame 20 000 € après une prestation de conseil qu'il considère comme défectueuse. Votre assureur ne doit pas automatiquement verser cette somme au seul motif qu'une réclamation a été formulée.

Il faudra notamment établir si votre responsabilité est engagée, si le préjudice invoqué est justifié et si votre contrat couvre les conséquences de cette erreur.

La somme finalement prise en charge peut donc être différente du montant initialement demandé.

6. Comment réagir lorsque vous recevez une réclamation ?

Lorsque votre entreprise reçoit une demande de réparation, il est important d'agir rapidement, même si vous contestez votre responsabilité.

Conservez les éléments du dossier

Rassemblez les documents permettant de comprendre les circonstances du litige : contrats, devis, factures, courriels, photographies, rapports techniques ou comptes rendus d'intervention.

Ces éléments peuvent être nécessaires pour déterminer l'origine du dommage et apprécier votre éventuelle responsabilité.

Prévenez votre assureur sans attendre

Déclarez le sinistre selon les modalités et délais prévus par votre contrat.

L'article L. 113-2 du Code des assurances prévoit notamment une obligation de déclaration des sinistres susceptibles de mettre en jeu la garantie. Le délai fixé par le contrat ne peut, en principe, être inférieur à cinq jours ouvrés, sous réserve des exceptions légales.

Une déclaration tardive ne provoque toutefois pas automatiquement la perte de votre garantie.

Lorsqu'une clause de déchéance pour déclaration tardive est prévue, l'assureur doit établir que ce retard lui a causé un préjudice. La déchéance ne peut pas non plus être opposée lorsque le retard résulte d'un cas fortuit ou de force majeure.

Il reste donc préférable de prévenir rapidement votre assureur dès que vous avez connaissance d'un sinistre susceptible de mobiliser votre couverture.

Évitez de reconnaître prématurément votre responsabilité

Vous pouvez accuser réception de la réclamation et échanger avec votre client afin de comprendre sa demande.

En revanche, il est prudent de ne pas accepter une indemnisation ou de ne pas prendre d'engagement financier sans avoir préalablement consulté votre assureur.

Cette précaution permet de préserver la bonne gestion du dossier et d'éviter des difficultés liées aux stipulations de votre contrat.

Si une procédure judiciaire est engagée, transmettez rapidement les documents reçus à votre assureur afin qu'il puisse examiner les garanties applicables, notamment celles relatives à la défense de vos intérêts.

7. Quelles assurances professionnelles sont concernées par l'article L. 124-1 ?

L'article L. 124-1 concerne les assurances de responsabilité.

Son application ne se limite donc pas à la seule responsabilité civile professionnelle. Plusieurs garanties peuvent être concernées selon les circonstances du sinistre.

AssuranceExemple de réclamation
Responsabilité civile professionnelle (RC Pro)Un consultant est mis en cause pour une erreur ayant entraîné un préjudice financier chez son client.
Responsabilité civile Exploitation (RCE)Un visiteur demande réparation après une chute dans les locaux d'une entreprise.
Responsabilité civile après livraisonUn client réclame une indemnisation après qu'un produit livré a provoqué un dommage matériel.

Ces garanties répondent à des situations différentes.

La RC Pro couvre, dans les limites du contrat, les conséquences de certaines fautes, erreurs ou négligences commises dans le cadre de l'activité professionnelle.

La responsabilité civile exploitation concerne notamment des dommages causés à des tiers au cours de la vie courante de l'entreprise, indépendamment de l'exécution d'une prestation professionnelle.

La responsabilité civile après livraison peut intervenir lorsqu'un produit livré ou un travail achevé provoque un dommage relevant des garanties souscrites.

Dans chaque situation, la réclamation du tiers constitue un élément important pour la mise en jeu de l'assurance, mais les conditions de prise en charge restent propres à chaque garantie.

8. Votre assurance peut-elle intervenir après la résiliation du contrat ?

Oui, dans certaines situations.

La résiliation d'un contrat d'assurance ne signifie pas nécessairement que toutes les réclamations ultérieures sont exclues.

Tout dépend notamment du mode de déclenchement de la garantie et des règles applicables.

Lorsque la garantie est déclenchée par le fait dommageable, un événement survenu pendant la période de validité du contrat peut rester couvert même si le tiers présente sa réclamation après la résiliation.

Pour une garantie déclenchée par la réclamation, l'article L. 124-5 prévoit notamment une période subséquente qui ne peut être inférieure à cinq ans.

Ce dispositif peut permettre la prise en charge de certaines réclamations présentées après la résiliation ou l'expiration du contrat, dans les conditions prévues par la loi.

Le plafond applicable à cette période est également encadré : il ne peut être inférieur à celui de la garantie déclenchée pendant l'année précédant la résiliation ou l'expiration.

Il ne s'agit cependant pas d'une prolongation automatique et inconditionnelle de toutes les garanties.

La date du fait dommageable, la connaissance de celui-ci par l'assuré, les contrats successifs et les dispositions applicables doivent être examinés.

Si vous changez d'assureur, vérifiez donc la continuité de votre couverture, particulièrement lorsque vos prestations peuvent entraîner des réclamations plusieurs années après leur réalisation.

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