Par Jean-David Boussemaer, le 7 septembre 2026 - 7 min de lecture

Fraude à l’identité : les entreprises sont de plus en plus ciblées

La fraude à l’identité ne consiste plus seulement à utiliser les documents personnels d’une victime pour ouvrir un compte ou souscrire un crédit. Dans le monde professionnel, elle permet surtout à un fraudeur de se faire passer pour un dirigeant, un fournisseur, un client ou un salarié afin d’obtenir un paiement, de modifier des coordonnées bancaires ou de récupérer des informations confidentielles.

Fraude à l’identité

1. Comment fonctionne la fraude à l’identité en entreprise ?

Le fraudeur commence généralement par recueillir des informations accessibles publiquement ou obtenues à la suite d’une fuite de données. Le site de votre entreprise, les réseaux sociaux professionnels, les registres publics et les signatures de courriel peuvent notamment lui permettre d’identifier :

  • vos dirigeants ;
  • les membres du service comptable ;
  • vos principaux partenaires ;
  • vos périodes de congés ;
  • vos habitudes de facturation ;
  • la structure de vos adresses électroniques.

Il peut ensuite créer une adresse presque identique à celle d’un interlocuteur connu, compromettre une messagerie ou usurper un numéro de téléphone. Son message paraît alors suffisamment crédible pour inciter son destinataire à effectuer rapidement une action.

L’objectif est rarement de conserver durablement l’identité usurpée. Le fraudeur cherche surtout à exploiter la confiance attachée à cette identité afin de contourner les procédures de contrôle de l’entreprise.

2. Quelles formes cette fraude peut-elle prendre ?

La fraude au faux fournisseur

Le fraudeur se fait passer pour l’un de vos fournisseurs et vous informe d’un changement de coordonnées bancaires. Il joint parfois une facture ou un relevé d’identité bancaire reprenant le logo, les coordonnées et la présentation habituelle de l’entreprise.

Si vous remplacez l’IBAN sans effectuer de vérification indépendante, les factures suivantes peuvent être réglées sur un compte contrôlé par le fraudeur.

La fraude au faux client

Un escroc peut également usurper l’identité d’une entreprise connue pour commander des marchandises ou obtenir une prestation avec un paiement différé. Vous pouvez découvrir la fraude lorsque la véritable entreprise conteste la facture ou alors que les marchandises ont déjà été livrées à une adresse indiquée par le fraudeur.

La fraude au président

Un salarié reçoit une demande présentée comme urgente et confidentielle, apparemment envoyée par un dirigeant. Le message peut invoquer une acquisition, un contrôle fiscal, un contentieux ou une autre opération sensible pour justifier un virement inhabituel.

Cette méthode repose souvent moins sur une faille informatique que sur des techniques d’ingénierie sociale : l’autorité, l’urgence et la confidentialité peuvent conduire le salarié à contourner ou à ne pas appliquer la procédure habituelle.

L’usurpation vocale ou vidéo

L’intelligence artificielle facilite désormais l’imitation d’une voix, d’un visage ou d’une manière de s’exprimer. Un appel téléphonique ou une visioconférence ne permet donc pas, à lui seul, de vérifier avec certitude l’identité d’un interlocuteur.

Selon le Baromètre Fraude 2026 d’Allianz Trade, 76 % des dirigeants interrogés estiment que l’intelligence artificielle augmente le risque de fraude. Ces technologies peuvent notamment contribuer à rendre un faux message plus naturel, à imiter une voix ou une image, ou à produire rapidement des documents vraisemblables.

3. Pourquoi le risque progresse-t-il ?

La multiplication des fuites de données fournit aux fraudeurs des informations récentes et précises. Selon le rapport d’activité 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr, les demandes d’assistance concernant les violations de données, tous publics confondus, ont progressé de 107 %. Les fraudes au virement ont, quant à elles, enregistré une hausse de 170 %.

Ces informations permettent de personnaliser les attaques. Un message mentionnant le nom exact d’un fournisseur, le montant d’une facture ou l’absence d’un dirigeant peut ainsi inspirer davantage confiance qu’une tentative d’hameçonnage générique.

La fraude à l’identité peut associer plusieurs techniques :

  • collecte d’informations publiques ;
  • exploitation de données volées ;
  • compromission d’une messagerie ;
  • imitation d’une adresse électronique ;
  • usurpation d’un numéro de téléphone ;
  • manipulation psychologique ;
  • création ou modification de voix, d’images ou de documents à l’aide de l’intelligence artificielle.

4. Quelles conséquences pour votre entreprise ?

Lorsque la fraude aboutit, les conséquences peuvent dépasser le seul montant des sommes détournées. Selon les circonstances, votre entreprise peut également supporter :

  • une perte de trésorerie immédiate ;
  • une interruption de certaines opérations ;
  • des frais d’enquête et de restauration informatique ;
  • un litige avec le fournisseur ou le client concerné ;
  • une atteinte à la réputation de l’entreprise ;
  • en présence d’une violation de données personnelles, des obligations de documentation et, selon le niveau de risque, de notification à la CNIL et d’information des personnes concernées ;
  • des frais juridiques et de communication.

Selon le Baromètre Fraude 2026 d’Allianz Trade, parmi les entreprises ayant subi au moins une tentative de fraude au cours des douze derniers mois, 40 % indiquent qu’au moins une tentative a abouti à une fraude avérée. Parmi les entreprises victimes d’une fraude, 85 % déclarent avoir subi un préjudice financier.

5. Comment réduire le risque de fraude à l’identité ?

Il est recommandé d’instaurer une procédure de vérification qui ne repose jamais uniquement sur le canal ayant servi à transmettre la demande.

En cas de changement d’IBAN, contactez directement votre fournisseur en utilisant un numéro de téléphone déjà enregistré dans vos systèmes ou obtenu auprès d’une source fiable et indépendante du message reçu. N’utilisez pas les coordonnées figurant uniquement dans la demande suspecte.

Vous pouvez également :

  • imposer une double validation au-delà d’un certain montant ;
  • interdire les changements de coordonnées bancaires sur la seule base d’un courriel ;
  • limiter la publication en ligne d’informations sensibles ou inutilement détaillées ;
  • activer l’authentification multifacteur sur les messageries et les comptes sensibles ;
  • surveiller les règles de transfert automatique des courriels ;
  • former les salariés à reconnaître les demandes inhabituelles, urgentes ou confidentielles ;
  • définir une procédure particulière pendant les congés ou les absences des dirigeants ;
  • vérifier régulièrement les droits d’accès aux outils comptables et aux moyens de paiement ;
  • prévoir un circuit d’alerte permettant de suspendre ou de vérifier rapidement un paiement.

Un code ou une procédure de vérification préalablement convenus entre les personnes concernées peuvent également aider à authentifier une demande inhabituelle, notamment face aux imitations vocales. Ce dispositif doit être distinct des mots de passe utilisés pour accéder aux systèmes d’information et être protégé contre toute divulgation.

6. Que faire si vous découvrez une fraude ?

Contactez immédiatement votre banque afin de lui signaler l’opération et de demander, selon la situation et lorsque cela reste possible, son blocage ou une procédure de rappel des fonds. Une réaction rapide peut augmenter les chances de bloquer l’opération ou de récupérer tout ou partie des sommes détournées, sans toutefois garantir leur restitution.

Vous devez également, selon les circonstances :

  • conserver les courriels, factures, coordonnées bancaires, journaux de connexion et autres éléments de preuve utiles ;
  • sécuriser les comptes susceptibles d’avoir été compromis, notamment en modifiant leurs mots de passe et en révoquant les sessions actives si nécessaire ;
  • vérifier les règles de transfert configurées dans les messageries ;
  • prévenir l’entreprise ou la personne dont l’identité a été usurpée ;
  • déposer plainte auprès de la police ou de la gendarmerie ;
  • signaler l’incident et solliciter, si nécessaire, une assistance auprès de Cybermalveillance.gouv.fr ;
  • déclarer le sinistre à votre assureur dans les conditions et délais prévus par votre contrat ;
  • déterminer si l’incident constitue une violation de données à caractère personnel et évaluer le risque qu’elle présente pour les droits et libertés des personnes concernées.

Lorsqu’une violation de données personnelles présente un risque pour les droits et libertés des personnes, le responsable du traitement doit la notifier à la CNIL dans les meilleurs délais et, si possible, au plus tard 72 heures après en avoir pris connaissance. Lorsque cette violation est susceptible d’engendrer un risque élevé, les personnes concernées doivent également en être informées, sous réserve des exceptions prévues par le RGPD. Toute violation de données personnelles doit par ailleurs être documentée en interne.

Cybermalveillance.gouv.fr détaille également les conduites à tenir face aux différentes formes de cybermalveillance et les éléments utiles à conserver.

7. L’assurance cyber couvre-t-elle la fraude à l’identité ?

La couverture dépend des garanties effectivement souscrites et des conditions du contrat. Une assurance cyber peut prendre en charge certaines conséquences d’un incident informatique, par exemple l’intervention d’experts, la restauration du système d’information, la gestion d’une violation de données ou certains frais de notification.

En revanche, le remboursement d’un virement effectué par l’entreprise à la suite d’une manipulation frauduleuse n’est pas systématiquement couvert par une assurance cyber. Selon les contrats, les pertes résultant d’une fraude au président, d’un faux fournisseur, d’un faux client ou plus largement d’une opération de paiement provoquée par ingénierie sociale peuvent être exclues du contrat cyber, soumises à des conditions particulières ou relever d’une garantie distincte de fraude ou d’ingénierie sociale.

Avant de souscrire, vérifiez notamment :

  • la définition contractuelle des événements et fraudes couverts ;
  • la couverture des fraudes au faux fournisseur, au faux client et au faux dirigeant ;
  • la prise en charge éventuelle des détournements de fonds et pertes pécuniaires directes ;
  • les plafonds, sous-plafonds et franchises applicables ;
  • les procédures de validation ou mesures de sécurité exigées par le contrat ;
  • les exclusions, limitations ou déchéances éventuellement prévues en cas de non-respect des obligations contractuelles ;
  • les modalités et délais de déclaration du sinistre.

La prévention et l’assurance répondent ainsi à deux besoins complémentaires. Les procédures internes peuvent réduire la probabilité qu’une fraude aboutisse, tandis que les garanties d’assurance peuvent prendre en charge certaines de ses conséquences financières, techniques ou juridiques, sous réserve des conditions, exclusions, franchises et plafonds prévus au contrat.

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