1. Le client n'est plus rentable
Un client qui génère beaucoup de chiffre d'affaires n'est pas nécessairement un client rentable.
Pour savoir ce qu'une mission vous rapporte réellement, vous devez également mesurer tout ce qu'elle vous coûte : temps de travail, achats nécessaires à sa réalisation, sous-traitance, déplacements, mais aussi temps consacré aux réunions, aux appels, aux corrections ou à la gestion administrative.
Exemple : vous facturez une prestation 2 000 €. Lorsque vous avez établi votre tarif, vous aviez prévu 20 heures de travail. Quelques mois plus tard, la même prestation nécessite régulièrement 30 heures en raison de demandes supplémentaires, de réunions plus fréquentes ou de nombreuses corrections. Votre chiffre d'affaires n'a pas changé, mais votre rentabilité a diminué.
Ce phénomène peut passer inaperçu lorsque vous travaillez depuis longtemps avec le même client. La mission évolue progressivement, de nouvelles tâches s'ajoutent et vous continuez à appliquer un tarif fixé plusieurs mois ou plusieurs années auparavant.
Pour détecter cette situation, comparez régulièrement le montant facturé au coût réel de la prestation. Ne comptabilisez pas uniquement les heures directement consacrées à la production : intégrez également le temps nécessaire pour gérer la relation avec le client.
Si vous constatez que votre marge diminue, arrêter la collaboration n'est pas forcément la première solution.
Vous pouvez commencer par revoir vos tarifs, redéfinir précisément le périmètre de la mission ou facturer séparément les prestations supplémentaires. Si le client refuse ces nouvelles conditions et que la mission reste insuffisamment rentable, vous pourrez alors vous demander si conserver cette relation commerciale reste intéressant pour votre entreprise.
2. Les demandes dépassent constamment ce qui était prévu
Une demande supplémentaire occasionnelle fait partie d'une relation commerciale normale. Le problème apparaît lorsque l'exception devient progressivement la règle.
Votre client demande une modification qui n'était pas prévue, puis une seconde. Les réunions se multiplient, les délais sont raccourcis ou de nouvelles tâches viennent s'ajouter à la prestation initiale. Individuellement, chaque demande peut sembler limitée. Mais leur accumulation peut finir par modifier considérablement le contenu de votre mission.
Vous réalisez alors davantage de travail sans que le prix ni les conditions de la prestation aient évolué.
Pour déterminer si vous êtes dans cette situation, revenez au point de départ de la relation. Reprenez votre devis, votre contrat ou votre lettre de mission et comparez ce qui avait été convenu avec ce que vous réalisez aujourd'hui.
Exemple : une prestation prévoyant un rendez-vous mensuel peut progressivement nécessiter plusieurs réunions par semaine. Une mission comprenant deux séries de corrections peut donner lieu à des modifications permanentes. Un accompagnement portant sur un sujet précis peut également s'étendre à de nouvelles problématiques qui n'avaient jamais été intégrées au tarif initial.
Lorsque l'écart devient important, évitez de continuer à absorber ces demandes sans les formaliser. Vous pouvez rappeler le périmètre prévu, établir un devis complémentaire ou proposer une nouvelle formule correspondant aux besoins réels du client.
Cette démarche permet également de vérifier si le problème vient simplement d'un contrat devenu inadapté.
Si le client accepte de redéfinir la mission et son prix, la collaboration peut continuer dans de meilleures conditions. En revanche, s'il attend régulièrement des prestations supplémentaires tout en refusant leur facturation, vous devez vous demander si les conditions dans lesquelles vous aviez accepté de travailler avec lui existent encore.
3. Les retards de paiement deviennent habituels
Un retard de paiement ponctuel ne suffit généralement pas à remettre en cause une relation commerciale. Une erreur administrative ou une difficulté temporaire peut arriver.
La situation devient plus préoccupante lorsque le retard de paiement devient une habitude.
Vous réalisez la prestation, payez éventuellement vos fournisseurs ou vos sous-traitants et supportez vos propres charges, mais vous devez attendre plusieurs semaines supplémentaires avant d'encaisser votre facture. En pratique, votre entreprise finance une partie de l'activité de votre client.
Le problème s'aggrave lorsque vous devez systématiquement envoyer plusieurs relances ou lorsque de nouvelles factures arrivent à échéance alors que les précédentes n'ont toujours pas été réglées.
Pour évaluer la situation, ne regardez pas uniquement le délai de paiement indiqué sur vos factures. Mesurez le délai réellement observé.
Si les conditions convenues prévoient par exemple un paiement à 30 jours, mais que votre client règle habituellement ses factures après 60 ou 90 jours, c'est ce délai réel que vous devez prendre en compte pour évaluer les conséquences de cette relation sur votre trésorerie.
Observez également l'évolution de la situation. Un client qui payait auparavant dans les délais et commence à accumuler les retards peut rencontrer des difficultés financières. Continuer à accepter de nouvelles missions augmente alors votre exposition si les factures impayées s'accumulent.
Avant d'arrêter de travailler avec lui, vous pouvez chercher à réduire ce risque. Demandez par exemple un acompte plus important, prévoyez des paiements intermédiaires ou conditionnez le démarrage de certaines étapes au règlement des factures précédentes.
Si malgré ces mesures les retards persistent et que les sommes dues augmentent, le chiffre d'affaires généré par ce client ne doit pas masquer le risque que vous prenez réellement pour l'encaisser.
4. Le client mobilise une quantité disproportionnée de votre temps
Le temps consacré à un client ne se limite pas aux heures directement nécessaires pour réaliser la prestation.
Il faut également répondre à ses messages, participer aux réunions, préparer des comptes rendus, traiter ses demandes administratives ou coordonner les différents collaborateurs qui interviennent sur son dossier.
Pris séparément, ces échanges peuvent sembler négligeables. Un appel de quinze minutes ou quelques messages supplémentaires ne changent pas immédiatement la rentabilité d'une mission.
Mais leur accumulation peut représenter plusieurs heures de travail chaque mois qui ne sont jamais facturées.
Prenons deux clients qui vous rapportent chacun 2 000 € par mois. Le premier nécessite une réunion mensuelle et quelques échanges par e-mail. Le second vous appelle plusieurs fois par semaine, demande régulièrement des points d'avancement et sollicite différents membres de votre équipe. Leur chiffre d'affaires est identique, mais leur coût de gestion ne l'est pas.
Pour identifier ce type de situation, essayez de mesurer pendant quelques semaines tout le temps réellement consacré à vos principaux clients. Intégrez les prestations facturées, mais également les réunions, les appels, les échanges et les tâches administratives.
Vous pourrez ainsi déterminer si certains clients mobilisent une part disproportionnée de vos ressources.
Avant d'envisager la fin de la collaboration, vous pouvez chercher à mieux encadrer la relation : regrouper les échanges lors de rendez-vous réguliers, limiter certains points de suivi ou proposer une formule d'accompagnement adaptée à ce niveau de disponibilité.
Si ces ajustements ne fonctionnent pas, posez-vous une autre question : le temps consacré à ce client vous empêche-t-il d'accepter des missions plus intéressantes ou de vous occuper correctement de vos autres clients ?
Dans ce cas, le problème ne concerne plus seulement le temps passé. Il peut également freiner le développement de votre activité.
5. Les urgences deviennent la norme
Une urgence exceptionnelle peut survenir dans n'importe quelle relation commerciale. Un incident, un imprévu ou une échéance inhabituelle peut nécessiter de réorganiser ponctuellement votre travail pour répondre rapidement à un client.
Le problème apparaît lorsque tout devient urgent.
Votre client vous contacte le matin pour obtenir un résultat dans la journée, vous demande régulièrement de modifier vos priorités ou vous transmet tardivement les informations nécessaires tout en maintenant la même échéance.
Vous devez alors décaler d'autres missions, interrompre le travail en cours ou mobiliser plusieurs collaborateurs pour respecter ses demandes.
À terme, cette organisation peut avoir des conséquences sur l'ensemble de votre activité. Les autres clients attendent plus longtemps, vos équipes travaillent sous pression et vous disposez de moins de temps pour contrôler la qualité des prestations réalisées.
Un client peut donc être rentable lorsqu'il est considéré isolément, tout en désorganisant suffisamment votre entreprise pour avoir un coût indirect beaucoup plus important.
Commencez par déterminer si ces urgences sont réellement inhérentes à la prestation. Dans certains métiers, une intervention rapide fait naturellement partie du service vendu. Elle doit alors être anticipée dans votre organisation et, si nécessaire, dans votre tarification.
En revanche, si les urgences résultent principalement d'un manque d'anticipation du client, vous pouvez fixer des règles plus précises : délai minimal pour certaines demandes, créneaux d'intervention, majoration pour les prestations urgentes ou impossibilité de garantir un délai lorsque les éléments nécessaires sont transmis trop tard.
Observez ensuite si ces limites sont respectées.
Si votre client continue à considérer chacune de ses demandes comme prioritaire et que vous devez constamment réorganiser votre activité pour lui, demandez-vous si conserver ce client ne finit pas par pénaliser les autres.
Lorsque la satisfaction d'un seul client se fait régulièrement au détriment de tous les autres, la relation mérite d'être réexaminée.
6. Les désaccords deviennent permanents
Un désaccord ponctuel ne signifie pas nécessairement que vous devez arrêter de travailler avec un client.
Vous pouvez discuter d'un tarif, d'un délai, d'une modification ou de la qualité d'une prestation et parvenir à une solution satisfaisante pour les deux parties. Ces échanges font partie d'une relation commerciale normale.
La situation devient différente lorsque chaque étape de la collaboration devient une source de contestation.
Le client remet régulièrement en cause les montants facturés, demande de nouvelles modifications après avoir validé une prestation ou conteste des décisions qui avaient pourtant fait l'objet d'un accord. Vous devez alors revenir sur vos anciens e-mails, retrouver des validations ou reconstituer la chronologie de la mission pour démontrer ce qui avait été convenu.
Ces discussions ont d'abord un coût en temps. Mais elles peuvent surtout révéler une dégradation plus profonde de la relation commerciale.
Lorsque la confiance disparaît, vous pouvez être tenté de tout formaliser, y compris des décisions qui étaient auparavant prises simplement. Le client peut, de son côté, commencer à vérifier ou à contester systématiquement votre travail. La collaboration devient alors plus lourde à gérer pour les deux parties.
Cette situation augmente également le risque qu'un simple désaccord se transforme en contestation de facture, demande de remboursement ou mise en cause de votre responsabilité.
Si vous constatez cette évolution, renforcez immédiatement la traçabilité de la relation. Conservez les devis et contrats, les validations du client, les demandes de modification, les comptes rendus de réunion, les livrables et les éléments permettant d'établir leur remise ou leur acceptation.
Pour les nouvelles demandes, évitez autant que possible les accords uniquement oraux. Confirmez par écrit ce qui a été demandé, les éventuelles conséquences sur le prix et les nouveaux délais.
Essayez également d'identifier l'origine des désaccords. Un périmètre mal défini ou des modalités de validation imprécises peuvent parfois être corrigés en clarifiant le fonctionnement de la mission.
En revanche, si les contestations continuent malgré ces précautions et que vous devez désormais consacrer autant d'énergie à justifier votre travail qu'à le réaliser, la poursuite de la relation mérite d'être sérieusement réexaminée.
7. Le client vous demande de prendre des risques que vous refusez
Certaines demandes ne posent pas seulement une question de rentabilité ou d'organisation. Elles peuvent directement exposer votre entreprise à un risque que vous ne souhaitez pas prendre.
Votre client peut, par exemple, vous demander d'intervenir sur un sujet qui dépasse vos compétences habituelles, de garantir un résultat que vous ne maîtrisez pas entièrement ou d'accepter un délai qui ne vous permet pas de réaliser correctement la prestation.
Dans d'autres situations, la demande peut vous conduire à contourner une règle, négliger une procédure ou prendre un engagement que vous savez difficilement tenable.
Le montant du contrat ne doit alors pas être votre seul critère de décision.
Une mission particulièrement lucrative peut devenir beaucoup moins intéressante si elle augmente fortement votre risque de litige, vous oblige à engager des dépenses importantes ou vous expose à devoir réparer les conséquences d'une erreur.
Exemple : un client vous demande de livrer en quelques jours une prestation nécessitant habituellement plusieurs semaines. Vous pouvez accepter cette contrainte si vous êtes réellement capable de l'absorber. En revanche, vous engager sur un délai que vous savez irréaliste augmente le risque de retard, d'erreur et de contestation ultérieure.
La même prudence s'impose lorsque la mission s'éloigne progressivement de votre activité habituelle. Accepter ponctuellement une prestation complémentaire peut sembler intéressant commercialement, mais vous devez vérifier que vous disposez réellement des compétences et des moyens nécessaires pour la réaliser.
Pensez également à vérifier vos assurances professionnelles. Les garanties, plafonds et exclusions de votre contrat dépendent notamment des risques et activités déclarés à l'assureur. Si vous développez une nouvelle activité ou acceptez des missions sensiblement différentes de celles habituellement exercées, vérifiez que votre assurance professionnelle couvre bien cette activité et, lorsque cette évolution modifie le risque déclaré, si une adaptation de votre contrat est nécessaire.
Lorsque vous estimez qu'une demande présente un risque excessif, commencez par expliquer clairement au client ce que vous pouvez faire et ce que vous refusez de faire. Vous pouvez parfois proposer une autre solution, modifier le périmètre de la mission ou prévoir un délai plus réaliste.
Mais certaines limites ne doivent pas être négociées.
Si la poursuite de la collaboration suppose régulièrement d'accepter des engagements que vous jugez imprudents, de travailler en dehors de votre champ de compétences ou de prendre des risques disproportionnés, mettre fin à la relation peut devenir préférable à la conservation du chiffre d'affaires qu'elle génère.
8. Le client crée une dépendance dangereuse pour votre entreprise
Un client peut être rentable, payer ses factures dans les délais et être particulièrement agréable à gérer tout en représentant un risque important pour votre entreprise.
Le problème apparaît lorsqu'il occupe une place trop importante dans votre chiffre d'affaires.
Imaginez qu'un seul client génère 45 % de votre chiffre d'affaires annuel. Tant que la collaboration continue, cette concentration peut sembler confortable : vous disposez d'un volume d'activité régulier et consacrez moins de temps à rechercher de nouvelles missions.
Mais que se passerait-il si ce client décidait de changer de prestataire, réduisait fortement ses commandes ou rencontrait lui-même des difficultés ?
Vous pourriez perdre presque immédiatement une part considérable de vos revenus, alors que certaines de vos charges continueraient à courir.
Cette dépendance peut également modifier progressivement le rapport commercial. Lorsque vous savez que vous ne pouvez pas vous permettre de perdre un client, il devient plus difficile de refuser une demande supplémentaire, de négocier une augmentation de tarif ou de vous opposer à des conditions qui ne vous conviennent plus.
Pour mesurer ce risque, calculez régulièrement la part de votre chiffre d'affaires réalisée avec vos principaux clients. Vous pouvez également regarder leur contribution à votre marge : un client peut représenter une part encore plus importante de votre résultat que de votre chiffre d'affaires.
Une forte concentration ne signifie évidemment pas que vous devez mettre fin à une collaboration qui fonctionne bien.
Votre priorité consiste plutôt à réduire progressivement votre dépendance. Développez de nouveaux clients, diversifiez vos sources de chiffre d'affaires et évitez, lorsque cela est possible, d'organiser l'ensemble de votre entreprise autour des besoins d'un seul donneur d'ordre.
Posez-vous régulièrement une question simple : si votre principal client arrêtait de travailler avec vous demain, combien de temps faudrait-il à votre entreprise pour absorber la baisse d'activité ?
Si sa disparition mettait immédiatement en difficulté votre trésorerie ou votre organisation, votre enjeu n'est pas de vous séparer de ce client, mais de faire en sorte que votre entreprise puisse continuer à fonctionner sans lui.
9. Avant d'arrêter, essayez de corriger la relation
Constater qu'un client devient difficile à gérer ne signifie pas nécessairement que vous devez immédiatement mettre fin à la collaboration.
Dans de nombreux cas, la relation s'est simplement transformée sans que les conditions initiales aient été adaptées. La mission s'est élargie, vos coûts ont augmenté, les échanges sont devenus plus fréquents ou les besoins du client ont évolué.
Commencez donc par identifier précisément ce qui ne fonctionne plus.
Si la prestation n'est plus suffisamment rentable, recalculez son coût réel et proposez un nouveau tarif. Si les demandes dépassent régulièrement le périmètre prévu, redéfinissez clairement ce qui est compris dans votre prestation et ce qui fera désormais l'objet d'une facturation supplémentaire.
Lorsque les difficultés concernent les paiements, vous pouvez revoir vos conditions : demander un acompte, prévoir plusieurs échéances ou conditionner la poursuite de certaines prestations au règlement des factures précédentes.
Si le problème vient surtout de l'organisation, fixez des règles plus précises concernant les délais, les réunions, les demandes urgentes ou les canaux de communication.
L'objectif est de transformer un mécontentement diffus en problèmes concrets auxquels vous pouvez apporter une réponse.
Présentez ensuite ces nouvelles conditions au client. Expliquez ce qui doit changer pour que la collaboration puisse continuer dans de bonnes conditions. Lorsque cela modifie vos engagements respectifs, formalisez les changements par écrit.
Vous pouvez enfin vous donner une période d'observation. Quelques semaines ou quelques mois, selon la nature de la prestation, permettent de vérifier si les nouvelles règles sont réellement respectées.
À l'issue de cette période, la décision sera plus facile à prendre. Si la rentabilité s'améliore, que les paiements se régularisent ou que les demandes sont mieux encadrées, la relation peut continuer.
En revanche, si les mêmes difficultés réapparaissent malgré les ajustements convenus, le problème ne vient probablement plus seulement des conditions de la mission. Vous disposez alors d'éléments plus objectifs pour envisager la fin de la collaboration.
10. Vérifiez votre contrat avant de mettre fin à la collaboration
Décider que vous ne souhaitez plus travailler avec un client ne signifie pas nécessairement que vous pouvez interrompre immédiatement vos prestations.
Commencez par relire les documents qui encadrent votre relation : contrat, devis accepté, conditions générales ou lettre de mission.
Vérifiez notamment la durée de votre engagement, les modalités de résiliation, les modalités de notification de cette résiliation, l'existence d'un préavis, les éventuelles échéances à respecter et les dispositions prévues en cas de manquement de l'une des parties.
Une vigilance particulière s'impose lorsque vous entretenez depuis longtemps une relation commerciale régulière avec le même client.
L'article L. 442-1, II du Code de commerce prévoit en effet que la rupture brutale, même partielle, d'une relation commerciale établie peut engager la responsabilité de son auteur lorsqu'elle intervient sans un préavis écrit tenant notamment compte de la durée de la relation, en référence aux usages du commerce ou aux accords interprofessionnels.
Toutes les relations avec un client ne constituent toutefois pas nécessairement une « relation commerciale établie ». Cette qualification dépend des caractéristiques concrètes de la relation, notamment de sa durée, de sa régularité et de sa stabilité.
Depuis le 20 août 2026, le texte va également au-delà de la rupture totale ou partielle. Une réduction substantielle des volumes de commandes adressés à un partenaire commercial peut aussi engager la responsabilité de son auteur lorsqu'elle intervient dans le cadre de la négociation d'un contrat et qu'elle est susceptible, par son ampleur, son caractère inhabituel ou ses circonstances, de compromettre l'équilibre d'une relation commerciale établie.
Il n'existe donc pas un préavis unique applicable à toutes les situations. Le Code de commerce précise toutefois qu'en cas de litige sur sa durée, la responsabilité de l'auteur de la rupture ne peut pas être engagée au titre d'une durée de préavis insuffisante lorsqu'un préavis de 18 mois a été respecté. Cela ne signifie pas qu'un préavis de 18 mois doit systématiquement être accordé.
Le texte prévoit par ailleurs la possibilité d'une résiliation sans préavis en cas d'inexécution par l'autre partie de ses obligations ou de force majeure.
Vous devez donc distinguer deux questions : avez-vous intérêt à arrêter de travailler avec ce client et dans quelles conditions pouvez-vous juridiquement mettre fin à la relation ?
Avant d'annoncer votre décision, vérifiez vos engagements contractuels et, lorsque la relation est ancienne ou représente un enjeu financier important, assurez-vous que les modalités et le calendrier de la rupture sont adaptés à votre situation.
Lorsque la relation est ancienne, il peut être difficile de prendre une décision uniquement à partir de votre ressenti.
Vous pouvez construire une analyse simple autour de quelques indicateurs :
| Indicateur | Question à vous poser |
|---|
| Rentabilité | Quelle marge ce client génère-t-il réellement ? |
| Temps | Combien d'heures facturées et non facturées lui consacrez-vous ? |
| Paiement | Respecte-t-il habituellement les échéances ? |
| Périmètre | Les prestations réalisées correspondent-elles au contrat ? |
| Organisation | Ses demandes perturbent-elles régulièrement votre planning ? |
| Litiges | Les contestations deviennent-elles fréquentes ? |
| Risque | Ses demandes exposent-elles votre entreprise à des risques supplémentaires ? |
| Dépendance | Quelle part de votre chiffre d'affaires représente-t-il ? |
L'objectif n'est pas qu'un client obtienne un résultat parfait sur tous ces critères.
Il s'agit plutôt de repérer une accumulation de difficultés.
Un client légèrement moins rentable peut rester intéressant s'il est facile à gérer, paie rapidement et apporte des missions régulières. À l'inverse, un client générant beaucoup de chiffre d'affaires peut devenir problématique s'il mobilise une quantité considérable de temps, paie en retard et provoque régulièrement des litiges.
12. Faut-il forcément remplacer un client avant de le quitter ?
Vous n'avez pas nécessairement besoin de trouver un nouveau client avant de mettre fin à une collaboration.
Tout dépend de la place que ce client occupe dans votre activité et de ce qu'il vous rapporte réellement.
S'il représente seulement 5 % de votre chiffre d'affaires mais mobilise une quantité disproportionnée de votre temps, son départ peut au contraire libérer des ressources. Les heures consacrées aux réunions, aux relances, aux demandes urgentes ou aux corrections peuvent être utilisées pour prospecter, développer d'autres clients ou accepter des missions plus rentables.
Dans cette situation, chercher à remplacer immédiatement le chiffre d'affaires perdu n'est pas toujours pertinent. Vous pouvez parfois améliorer votre rentabilité en réalisant moins de chiffre d'affaires mais en consacrant votre temps à de meilleures conditions.
La décision devient plus délicate lorsque le client représente 30 ou 40 % de votre activité.
Une rupture peut alors provoquer une baisse importante de vos encaissements alors que vos charges fixes restent identiques : salaires, loyers, logiciels, remboursements d'emprunts ou autres dépenses récurrentes continuent à être payés.
Avant de prendre votre décision, réalisez donc une simulation.
Calculez ce que deviendraient votre chiffre d'affaires, votre marge et votre trésorerie sans ce client. Regardez également les ressources que son départ permettrait de libérer et le délai dont vous auriez probablement besoin pour retrouver un niveau d'activité suffisant.
Vous pouvez alors décider de préparer progressivement la sortie. Développez votre prospection, signez de nouvelles missions et réduisez la part de votre chiffre d'affaires dépendant de ce client avant de mettre fin à la relation.
Attention toutefois à ne pas repousser indéfiniment votre décision sous prétexte que vous devez d'abord trouver son remplaçant.
Si vous disposez d'une trésorerie suffisante et que la relation mobilise des ressources que vous pourriez employer plus efficacement ailleurs, accepter temporairement une baisse de chiffre d'affaires peut parfois être préférable à conserver un client qui pénalise durablement votre activité.
13. Un mauvais client peut vous coûter plus que son chiffre d'affaires
Arrêter de travailler avec un client n'est pas nécessairement le signe d'un échec commercial.
Une relation qui était intéressante au moment de sa signature peut devenir moins adaptée quelques années plus tard. Vos coûts augmentent, vos tarifs évoluent, votre organisation change et les besoins du client peuvent eux-mêmes s'éloigner progressivement de ce qui avait été prévu au départ.
C'est pourquoi le chiffre d'affaires ne doit jamais être votre seul critère.
Un client peut vous rapporter 20 000 € par an tout en mobilisant tellement de temps, en générant autant d'impayés ou en perturbant suffisamment votre organisation pour que cette somme donne une image trompeuse de son intérêt réel.
Regardez plutôt ce qu'il reste une fois l'ensemble des conséquences de la relation prises en compte : votre marge, le temps mobilisé, les délais de paiement, les ressources nécessaires, les risques supportés et les éventuelles répercussions sur vos autres clients.
Vous pourrez alors distinguer une difficulté ponctuelle, qui peut être corrigée en faisant évoluer les conditions de la mission, d'une relation devenue structurellement problématique.
Et si vous concluez qu'il est préférable d'arrêter, ne prenez pas uniquement en compte les conséquences commerciales de votre décision. Préparez également la sortie : vérifiez votre contrat, anticipez l'effet sur votre trésorerie et votre charge de travail, formalisez votre décision et respectez, lorsqu'un préavis est requis, le délai applicable à votre situation.
Savoir choisir ses clients ne consiste donc pas seulement à décider avec qui commencer à travailler. Cela consiste aussi à savoir reconnaître le moment où une collaboration n'est plus adaptée à votre entreprise.