Vous n'avez pas nécessairement besoin de signer un document intitulé « contrat » pour être engagé.
L'article 1113 du Code civil prévoit que le contrat est formé par la rencontre d'une offre et d'une acceptation par lesquelles les parties manifestent leur volonté de s'engager. Cette volonté peut résulter d'une déclaration ou d'un comportement non équivoque.
Dans vos relations professionnelles, votre engagement peut donc, selon les circonstances et le contenu des échanges, prendre différentes formes : acceptation d'un devis, signature d'un bon de commande, validation d'une proposition commerciale ou encore échange d'e-mails suffisamment précis.
L'absence d'un contrat formel signé ne signifie donc pas nécessairement que vous êtes encore libre de revenir sur votre décision.
La bonne question n'est pas seulement : « Ai-je signé un contrat ? », mais plutôt : « Ai-je clairement accepté une offre en manifestant ma volonté de m'engager ? »
Pour y répondre, vous devez notamment examiner le contenu de l'offre, les conditions de votre acceptation et les échanges intervenus entre les parties.
2. À quel moment votre acceptation produit-elle effet ?
Si vous changez d'avis juste après avoir accepté une proposition, la chronologie peut devenir déterminante.
L'article 1118 du Code civil prévoit que l'acceptation peut être librement rétractée tant qu'elle n'est pas parvenue à l'offrant, à condition que la rétractation lui parvienne avant l'acceptation.
L'article 1121 du Code civil précise que le contrat est conclu dès que l'acceptation parvient à l'offrant.
Imaginez que vous acceptiez une proposition commerciale puis changiez d'avis quelques instants plus tard. Envoyer immédiatement un nouveau message pour annuler votre accord ne suffit pas nécessairement.
Pour rétracter votre acceptation sur le fondement de l'article 1118, votre rétractation doit parvenir à l'autre partie avant votre acceptation.
Il faut donc distinguer le moment où vous envoyez votre accord de celui où il parvient à son destinataire.
Une fois l'acceptation parvenue à l'offrant et le contrat formé, vous ne pouvez plus utiliser ce mécanisme pour retirer simplement votre accord. Il faut alors rechercher si le contrat, la loi ou un accord avec l'autre partie vous permet de revenir sur votre engagement.
3. Une fois le contrat conclu, vous ne pouvez pas simplement changer d'avis
Une fois le contrat valablement formé, le principe change : vous êtes tenu de respecter les engagements que vous avez acceptés.
L'article 1103 du Code civil prévoit en effet que les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits.
Concrètement, vous ne pouvez donc pas vous libérer unilatéralement d'un engagement simplement parce que vous le regrettez. Avoir trouvé une offre plus avantageuse, avoir sous-estimé le coût d'une prestation ou avoir changé de stratégie ne suffit pas, en principe, à faire disparaître le contrat.
L'article 1193 du Code civil précise que les contrats ne peuvent être modifiés ou révoqués que du consentement mutuel des parties ou pour les causes autorisées par la loi.
Cela ne signifie pas qu'il est toujours impossible de sortir du contrat. Celui-ci peut prévoir une faculté de résiliation ou d'annulation, la loi peut permettre d'y mettre fin dans certaines situations, ou votre cocontractant peut accepter de vous libérer de votre engagement.
Avant de décider de ne plus exécuter ce que vous avez accepté, vérifiez donc les conditions de sortie prévues par le contrat et les règles applicables à votre situation.
4. Votre cocontractant peut accepter de vous libérer de votre engagement
Même si le contrat est déjà formé, vous pouvez tenter de trouver un accord avec l'autre partie.
Si vous ne souhaitez plus poursuivre l'opération, contactez rapidement votre client, fournisseur ou prestataire pour lui proposer de mettre fin au contrat ou d'en modifier les conditions.
L'article 1193 du Code civil permet en effet aux parties de modifier ou de révoquer le contrat par consentement mutuel.
Votre cocontractant n'est pas nécessairement tenu d'accepter votre demande. S'il donne son accord, déterminez précisément les conditions de votre désengagement : sommes restant dues, sort d'un éventuel acompte, prestations déjà réalisées, restitution de matériel ou encore date à laquelle prend fin la relation contractuelle.
Évitez enfin de vous contenter d'un accord oral. Formalisez par écrit ce qui a été convenu, afin de pouvoir établir clairement les obligations qui subsistent et celles auxquelles les parties ont décidé de mettre fin.
5. Disposez-vous toujours d'un délai de rétractation ?
Non. Le fait d'avoir accepté un engagement ne signifie pas que vous disposez automatiquement de quelques jours pour changer d'avis.
L'article 1122 du Code civil prévoit que la loi ou le contrat peuvent instaurer un délai de réflexion ou un délai de rétractation. Un tel délai doit donc avoir un fondement : vous ne pouvez pas présumer qu'il existe pour tout contrat.
Cette distinction est particulièrement importante dans les relations professionnelles. En principe, un professionnel ne bénéficie pas automatiquement d'un droit de rétractation. Il existe toutefois des exceptions.
Ainsi, l'article L. 221-3 du Code de la consommation étend certaines dispositions, notamment celles relatives au droit de rétractation, à certains contrats conclus hors établissement entre deux professionnels. Cette extension suppose que deux conditions soient cumulativement remplies : l'objet du contrat n'entre pas dans le champ de l'activité principale du professionnel sollicité et celui-ci emploie cinq salariés ou moins.
Un droit de rétractation peut également résulter d'autres dispositions particulières ou être prévu directement par le contrat.
Avant de l'invoquer, vérifiez donc le régime applicable à votre situation ainsi que les clauses que vous avez acceptées.
Surtout, ne confondez pas deux mécanismes différents.
- ● L'article 1118 du Code civil permet de rétracter une acceptation tant qu'elle n'est pas parvenue à l'offrant, à condition que la rétractation lui parvienne avant l'acceptation.
- ● Le droit de rétractation visé à l'article 1122 permet, lorsqu'il existe, de revenir sur un consentement déjà donné pendant un délai déterminé.
Dans les deux cas, la possibilité de revenir sur votre décision dépend donc de conditions précises. Ne considérez pas votre engagement comme annulé avant d'avoir vérifié que vous bénéficiez effectivement du mécanisme que vous souhaitez invoquer.
6. Et si votre consentement n'a pas été donné dans des conditions normales ?
Regretter votre décision ne suffit pas à remettre en cause la validité du contrat. La situation peut toutefois être différente si votre consentement a été donné dans des circonstances qui ont affecté votre décision de vous engager.
L'article 1130 du Code civil reconnaît trois vices du consentement : l'erreur, le dol et la violence. Ils constituent une cause de nullité lorsqu'ils sont d'une nature telle que, sans eux, vous n'auriez pas contracté ou vous auriez contracté à des conditions substantiellement différentes.
Il faut donc distinguer un véritable vice du consentement d'une décision que vous regrettez après coup.
- ● Avoir sous-estimé la rentabilité d'une opération, découvert ultérieurement une offre plus intéressante ou changé de stratégie ne suffit pas, à lui seul, à remettre en cause votre engagement.
- ● À l'inverse, certaines circonstances entourant la conclusion du contrat peuvent justifier d'examiner sa validité. Encore faut-il pouvoir établir que les conditions juridiques de l'erreur, du dol ou de la violence sont effectivement réunies.
Si vous estimez que votre consentement a été vicié, ne considérez donc pas automatiquement le contrat comme inexistant. Lorsque les enjeux sont importants, faites analyser les circonstances dans lesquelles votre engagement a été pris avant d'en contester la validité.
7. Vérifiez également les conditions de sortie prévues par le contrat
Être engagé par un contrat ne signifie pas nécessairement que vous devez le poursuivre jusqu'à son terme sans aucune possibilité d'y mettre fin.
Le contrat peut lui-même prévoir des conditions de sortie. Avant de prendre une décision, vérifiez notamment sa durée, les modalités de résiliation, le préavis à respecter, les éventuelles indemnités ainsi que les conséquences d'une rupture anticipée. Respecter ces conditions peut vous permettre de mettre fin au contrat sans remettre en cause sa validité.
La situation est différente lorsque vous souhaitez rompre parce que votre cocontractant n'exécute pas ses propres obligations.
L'article 1224 du Code civil prévoit que la résolution du contrat peut notamment résulter de l'application d'une clause résolutoire ou, en cas d'inexécution suffisamment grave, d'une notification du créancier au débiteur ou d'une décision de justice. La résolution par notification obéit toutefois à des conditions particulières, prévues notamment par l'article 1226 du Code civil.
Ne confondez donc pas un simple changement d'avis avec une rupture motivée par l'inexécution du contrat. Les fondements juridiques, les démarches à respecter et les conséquences ne sont pas les mêmes.
Avant de cesser d'exécuter vos propres obligations, identifiez donc précisément le mécanisme sur lequel vous pouvez vous appuyer et vérifiez les conditions prévues par votre contrat et par la loi.
8. Que faire si vous venez d'accepter un engagement que vous regrettez ?
Si vous venez de donner votre accord et souhaitez revenir dessus, commencez par reconstituer précisément la chronologie.
Identifiez l'offre que vous avez reçue, la manière dont vous l'avez acceptée et le moment auquel cette acceptation est parvenue à l'autre partie. Cette première vérification permet notamment de déterminer si le contrat est déjà formé ou si votre acceptation peut encore être rétractée dans les conditions prévues par l'article 1118 du Code civil.
Relisez ensuite tous les documents et échanges concernés : devis, proposition commerciale, bon de commande, conditions générales, contrat et e-mails. Recherchez notamment un éventuel droit de rétractation, une faculté d'annulation, une clause de résiliation ou les conditions prévues en cas de rupture anticipée.
Si le contrat est déjà formé et qu'aucune possibilité de sortie immédiate n'est prévue, contactez rapidement votre cocontractant. Vous pouvez lui proposer de mettre fin au contrat d'un commun accord et, s'il accepte, formaliser par écrit les conditions de cette sortie.
En revanche, ne considérez pas que votre changement d'avis suffit à mettre fin au contrat. Tant que votre engagement subsiste, cesser unilatéralement d'exécuter vos obligations peut vous exposer aux conséquences d'une inexécution contractuelle.
Plus vous intervenez rapidement, plus vous disposez de possibilités pour clarifier la situation avant qu'une prestation soit exécutée, que des frais soient engagés ou qu'un différend apparaisse.
9. Une rupture peut avoir des conséquences financières
Si vous êtes juridiquement engagé, décider de ne plus exécuter ce que vous avez accepté peut constituer une inexécution contractuelle.
Les conséquences ne se limitent pas nécessairement à la perte d'un acompte. Elles dépendent du contrat, de la nature de l'obligation inexécutée et du préjudice éventuellement subi par votre cocontractant.
L'article 1217 du Code civil prévoit plusieurs sanctions lorsqu'une partie n'exécute pas son engagement ou l'exécute imparfaitement. Selon la situation, l'autre partie peut notamment refuser d'exécuter ou suspendre l'exécution de sa propre obligation, poursuivre l'exécution forcée de l'obligation, obtenir une réduction du prix, provoquer la résolution du contrat ou demander réparation des conséquences de l'inexécution.
Certaines de ces sanctions peuvent également se cumuler lorsqu'elles ne sont pas incompatibles, et des dommages et intérêts peuvent s'y ajouter.
Pour votre entreprise, le coût d'un désengagement peut donc dépasser les sommes déjà versées ou restant à payer. Il faut notamment tenir compte des clauses du contrat et des conséquences que votre décision peut avoir pour l'autre partie.
Avant d'annoncer que vous n'exécuterez plus votre engagement, vérifiez donc les conditions dans lesquelles vous pouvez sortir du contrat et évaluez les conséquences juridiques et financières d'une rupture.
10. Votre assurance professionnelle peut-elle intervenir en cas de litige ?
Tout dépend de l'origine du différend et des garanties que vous avez souscrites. Le simple fait de vouloir sortir d'un contrat devenu moins intéressant ou plus coûteux que prévu ne signifie pas que votre assurance prendra en charge les conséquences financières de votre décision.
La situation peut être différente si une erreur, une faute ou un manquement professionnel engage votre responsabilité et cause à un tiers un dommage entrant dans le champ des garanties souscrites. Selon votre activité, votre contrat et les circonstances du sinistre, votre assurance responsabilité civile professionnelle peut alors intervenir pour prendre en charge les conséquences pécuniaires garanties de cette responsabilité, dans les limites et sous réserve des exclusions prévues au contrat.
Une garantie de protection juridique peut également, lorsqu'elle est prévue au contrat et que le litige entre dans son champ d'application, vous permettre de bénéficier d'informations juridiques ou d'une prise en charge de certains frais liés au différend, dans les limites prévues.
Ne partez donc pas du principe qu'un litige contractuel est automatiquement couvert. Vérifiez la nature du différend, les garanties, les exclusions, les plafonds et les modalités de déclaration prévues par votre contrat.
Si une réclamation susceptible de mettre en jeu une garantie vous est adressée, vérifiez également les modalités et délais de déclaration prévus par votre contrat et informez votre assureur / courtier dans les conditions applicables. Avant de reconnaître votre responsabilité, de conclure une transaction ou de proposer une indemnisation, vérifiez les stipulations de votre contrat d'assurance et, le cas échéant, rapprochez-vous de votre assureur. Certains contrats peuvent notamment prévoir qu'une reconnaissance de responsabilité ou une transaction intervenue sans l'accord de l'assureur ne lui est pas opposable.