1. Pourquoi le Code civil concerne-t-il directement votre entreprise ?
Le Code civil ne concerne pas uniquement les relations entre particuliers. Ses règles occupent également une place importante dans la vie quotidienne des entreprises.
Lorsque vous concluez un contrat avec un client, un fournisseur ou un prestataire, vous ne dépendez pas uniquement de ce qui est écrit dans le devis, le contrat ou les conditions générales. Le Code civil fixe également un ensemble de règles relatives à la formation du contrat, à son exécution et aux conséquences de son non-respect.
Ces dispositions peuvent notamment devenir importantes lorsque vous devez déterminer ce que vous vous êtes réellement engagé à fournir, si une prestation peut être modifiée en cours de mission ou si vous pouvez suspendre son exécution lorsque votre cocontractant ne respecte pas ses propres obligations.
Elles encadrent également certaines conséquences d'une mauvaise exécution du contrat. Selon la situation, un désaccord peut par exemple conduire à une demande d'exécution de la prestation, à une réduction du prix, à la résolution du contrat ou à une demande de dommages et intérêts.
Le Code civil intervient aussi lorsque votre entreprise cause un dommage à une autre personne. Il permet alors de déterminer, selon les circonstances, si votre responsabilité peut être engagée et sur quel fondement.
Enfin, lorsqu'un litige apparaît, une autre question devient essentielle : qui doit prouver quoi ? Il peut être nécessaire de démontrer l'existence d'un engagement, son contenu, son exécution ou, au contraire, son inexécution. La conservation des devis, contrats, échanges, validations et autres justificatifs prend alors toute son importance.
Le Code civil constitue ainsi l'un des principaux cadres juridiques de vos relations professionnelles. Les contrats que vous signez viennent préciser vos engagements, tandis que d'autres règles particulières peuvent également s'appliquer selon votre activité, la nature du contrat et la qualité de votre cocontractant.
2. Les principales règles du Code civil relatives aux contrats
Un contrat ne sert pas seulement à constater qu'une entreprise et son client se sont mis d'accord sur un prix.
Il détermine les obligations de chacun : prestation à réaliser, délais à respecter, prix à payer, informations à transmettre ou encore conditions dans lesquelles la relation peut prendre fin.
Lorsqu'un désaccord apparaît, la première question consiste donc souvent à déterminer ce qui avait réellement été convenu entre les parties.
Plusieurs articles du Code civil permettent de comprendre les principes qui encadrent cette relation.
| Article | Principe | Exemple de question pour votre entreprise |
|---|
| 1103 | Force obligatoire du contrat | Pouvez-vous revenir sur un engagement accepté ? |
| 1104 | Bonne foi | Comment devez-vous négocier et exécuter un contrat ? |
| 1112-1 | Devoir d'information | Quelles informations devez-vous communiquer avant la signature ? |
| 1193 | Modification du contrat | Pouvez-vous modifier une prestation sans nouvel accord ? |
| 1195 | Imprévision | Que faire si le contrat devient excessivement coûteux ? |
Article 1103 : un contrat légalement formé doit être respecté
L'article 1103 du Code civil pose le principe de la force obligatoire du contrat : les contrats légalement formés « tiennent lieu de loi » à ceux qui les ont conclus.
Concrètement, lorsque vous avez valablement accepté un engagement, vous devez en principe le respecter. Votre client est soumis à la même obligation.
Si vous vous êtes engagé à réaliser une prestation déterminée pour un prix et dans un délai définis, vous ne pouvez donc pas modifier unilatéralement ces conditions simplement parce qu'elles ne vous conviennent plus. De son côté, votre client ne peut pas davantage ignorer les obligations qu'il a acceptées.
Ce principe explique l'importance de définir précisément le périmètre d'une mission avant son commencement : nature de la prestation, prix, délais, livrables, obligations du client ou encore conditions de résiliation.
Plus vos engagements sont clairement définis, plus il est facile de déterminer ce que chaque partie devait effectivement faire en cas de désaccord.
Article 1104 : les contrats doivent être négociés et exécutés de bonne foi
Respecter un contrat ne consiste pas uniquement à appliquer ses clauses de manière littérale.
L'article 1104 du Code civil prévoit que les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi. Cette disposition est d'ordre public.
La manière dont vous vous comportez envers votre cocontractant peut donc également avoir son importance.
Vous devez notamment éviter les comportements déloyaux dans la négociation ou l'exécution de la relation contractuelle. Une partie ne devrait pas chercher à détourner une clause de sa finalité ou à profiter artificiellement d'une situation pour échapper à ses engagements.
Cette obligation fonctionne dans les deux sens : votre entreprise comme votre cocontractant doivent agir de bonne foi.
Elle constitue ainsi un principe général qui accompagne la relation contractuelle depuis sa négociation jusqu'à son exécution.
Article 1112-1 : certaines informations doivent être communiquées avant le contrat
Les obligations peuvent commencer avant même la conclusion du contrat.
L'article 1112-1 du Code civil prévoit un devoir d'information lorsqu'une partie connaît une information dont l'importance est déterminante pour le consentement de l'autre et que cette dernière l'ignore légitimement ou fait confiance à son cocontractant.
Cette information doit avoir un lien direct et nécessaire avec le contenu du contrat ou la qualité des parties. Le devoir d'information ne porte toutefois pas sur l'estimation de la valeur de la prestation.
Pour votre entreprise, cette règle peut notamment vous conduire à vous demander si votre client dispose, avant de s'engager, des informations déterminantes nécessaires pour comprendre la prestation proposée et ses principales caractéristiques.
Le manquement à ce devoir peut engager la responsabilité de celui qui devait informer. Dans les conditions prévues par le Code civil, il peut également conduire à l'annulation du contrat.
Il est donc préférable de ne pas attendre qu'un désaccord apparaisse pour préciser les éléments essentiels d'une prestation.
Article 1193 : vous ne pouvez pas modifier seul le contrat
Une mission peut évoluer après sa conclusion.
Votre client demande une prestation supplémentaire. Un livrable est ajouté. Un délai doit être repoussé. Le périmètre initial de la mission est élargi ou certaines conditions doivent être revues.
L'article 1193 pose alors un principe essentiel : un contrat ne peut être modifié ou révoqué que du consentement mutuel des parties, sauf causes autorisées par la loi.
Le fait qu'une modification paraisse logique ou nécessaire ne signifie donc pas que vous pouvez l'imposer unilatéralement à votre client.
Inversement, un client ne peut pas considérer qu'une nouvelle demande fait automatiquement partie de la prestation initialement convenue.
Lorsqu'une évolution modifie réellement les engagements de chacun, vous avez intérêt à la formaliser.
Selon la situation, un avenant, un devis complémentaire ou un échange écrit suffisamment précis peut permettre d'établir la nouvelle prestation, son prix, son délai et l'accord des parties.
Cette précaution devient particulièrement importante lorsqu'une mission évolue progressivement : plus vous vous éloignez du périmètre initial sans formaliser les changements, plus il peut devenir difficile de déterminer ensuite ce qui avait réellement été accepté.
Article 1195 : que faire si le contrat devient excessivement coûteux ?
Un contrat qui était économiquement équilibré au moment de sa conclusion peut devenir beaucoup plus difficile à exécuter.
Hausse importante de certains coûts, modification imprévisible des conditions d'approvisionnement ou autre changement de circonstances : pouvez-vous simplement augmenter votre prix ou abandonner la prestation ?
En principe, non.
L'article 1195 du Code civil prévoit toutefois un mécanisme d'imprévision lorsqu'un changement de circonstances imprévisible lors de la conclusion du contrat rend son exécution excessivement onéreuse pour une partie qui n'avait pas accepté d'en assumer le risque.
Cette partie peut demander une renégociation à son cocontractant. Pendant cette période, elle doit néanmoins continuer à exécuter ses obligations.
Si la renégociation est refusée ou échoue, les parties peuvent convenir de la résolution du contrat, à la date et aux conditions qu'elles déterminent, ou demander d'un commun accord au juge de procéder à son adaptation. À défaut d'accord dans un délai raisonnable, une partie peut demander au juge de réviser le contrat ou d'y mettre fin, à la date et aux conditions qu'il fixe.
Une simple diminution de votre marge ou une prestation devenue moins intéressante financièrement ne suffit donc pas à vous autoriser à modifier unilatéralement le contrat.
Il faut distinguer la difficulté économique ordinaire, qui fait partie des risques de l'activité, de l'imprévision répondant aux conditions précises posées par l'article 1195.
L'application de ce mécanisme doit également être appréciée au regard du contrat, notamment lorsque les parties ont organisé contractuellement la répartition de certains risques ou prévu des mécanismes d'adaptation du prix.
3. Que se passe-t-il lorsqu'un contrat n'est pas correctement exécuté ?
Un contrat peut avoir été valablement conclu et néanmoins donner lieu à un litige pendant son exécution.
Votre client ne paie pas une facture. Un prestataire ne réalise pas la mission prévue. Une prestation est livrée en retard ou seulement partiellement. Le résultat ne correspond pas aux engagements contractuels.
Le Code civil prévoit plusieurs réponses à ces situations. La conséquence d'une inexécution dépend toutefois de sa nature, de sa gravité et du recours envisagé.
| Article | Principe | Exemple de question pour votre entreprise |
|---|
| 1217 | Sanctions de l'inexécution | Quels recours existent lorsqu'un contrat n'est pas respecté ? |
| 1218 | Force majeure | Dans quelles circonstances pouvez-vous invoquer la force majeure ? |
| 1219 | Exception d'inexécution | Pouvez-vous suspendre votre prestation ? |
| 1221 | Exécution forcée | Votre client peut-il exiger l'exécution de votre engagement ? |
| 1222 | Exécution par remplacement | Une prestation peut-elle être réalisée ou corrigée à vos frais ? |
| 1223 | Réduction du prix | Quand une prestation imparfaite peut-elle conduire à une réduction du prix ? |
| 1224 | Résolution | Dans quelles circonstances le contrat peut-il être résolu ? |
Article 1217 : plusieurs recours sont possibles
L'article 1217 du Code civil constitue le point de départ pour comprendre les conséquences d'une inexécution contractuelle.
Lorsque l'engagement n'a pas été exécuté ou l'a été imparfaitement, la partie envers laquelle l'engagement n'a pas été respecté peut notamment :
- ● refuser d'exécuter ou suspendre l'exécution de sa propre obligation ;
- ● poursuivre l'exécution forcée en nature de l'obligation ;
- ● obtenir une réduction du prix ;
- ● provoquer la résolution du contrat ;
- ● demander réparation des conséquences de l'inexécution.
Certaines sanctions peuvent être cumulées lorsqu'elles ne sont pas incompatibles. Des dommages et intérêts peuvent également s'y ajouter.
Cela ne signifie pas que vous pouvez choisir librement n'importe laquelle de ces solutions dès qu'un problème apparaît.
Chacune répond à des conditions particulières, précisées notamment par les articles suivants du Code civil.
Article 1218 : quand pouvez-vous invoquer la force majeure ?
Un événement qui complique l'exécution d'un contrat ne constitue pas nécessairement un cas de force majeure.
L'article 1218 définit la force majeure en matière contractuelle à partir de plusieurs conditions.
L'événement doit échapper au contrôle du débiteur, ne pas avoir pu être raisonnablement prévu lors de la conclusion du contrat et produire des effets qui ne peuvent être évités par des mesures appropriées.
Il doit surtout empêcher l'exécution de l'obligation.
Une simple difficulté d'exécution ne suffit donc pas.
Une hausse des coûts, un problème d'organisation ou le retard d'un fournisseur ne constituent pas automatiquement des cas de force majeure. Il faut apprécier si les différentes conditions prévues par l'article 1218 sont effectivement réunies.
Les conséquences dépendent également de la durée de l'empêchement.
Lorsqu'il est temporaire, l'exécution de l'obligation est en principe suspendue, sauf si le retard qui en résulte justifie la résolution du contrat.
Lorsque l'empêchement est définitif, le contrat est résolu de plein droit et les parties sont libérées de leurs obligations dans les conditions prévues par le Code civil.
Article 1219 : pouvez-vous suspendre votre prestation si votre client n'exécute pas la sienne ?
Votre client ne respecte pas son engagement. Pouvez-vous immédiatement cesser d'exécuter le vôtre ?
L'article 1219 du Code civil prévoit qu'une partie peut refuser d'exécuter son obligation, alors même que celle-ci est exigible, si l'autre partie n'exécute pas la sienne et si cette inexécution est suffisamment grave.
Cette règle peut notamment être importante lorsqu'un contrat impose des obligations réciproques.
Elle ne signifie toutefois pas qu'un simple désaccord ou n'importe quel manquement autorise automatiquement la suspension d'une prestation.
Avant d'interrompre une mission, vous devez donc examiner précisément les obligations prévues par le contrat et la gravité de l'inexécution reprochée à votre cocontractant.
Article 1221 : votre client peut-il exiger que vous réalisiez la prestation prévue ?
Lorsqu'une obligation n'est pas respectée, le créancier ne doit pas nécessairement se contenter d'une indemnisation financière.
L'article 1221 lui permet, après mise en demeure, de poursuivre l'exécution en nature de l'obligation.
Autrement dit, il peut, dans certaines situations, demander que l'engagement prévu soit réellement exécuté.
Cette possibilité connaît cependant des limites. L'exécution en nature ne peut notamment pas être poursuivie lorsqu'elle est impossible ou lorsqu'il existe une disproportion manifeste entre son coût pour le débiteur de bonne foi et son intérêt pour le créancier.
Pour votre entreprise, cela signifie qu'un client peut parfois demander la réalisation ou la correction effective d'une prestation plutôt que de réclamer uniquement une compensation financière.
Article 1222 : votre client peut-il faire exécuter l'obligation par quelqu'un d'autre ?
Le Code civil envisage également la situation dans laquelle le débiteur ne réalise pas lui-même ce à quoi il s'était engagé.
Après mise en demeure, le créancier peut, dans un délai et à un coût raisonnables, faire exécuter lui-même l'obligation ou la faire exécuter par un tiers et demander au débiteur le remboursement des sommes engagées.
Il peut également demander en justice que le débiteur avance les sommes nécessaires à cette exécution.
Le texte prévoit par ailleurs que le créancier peut, sur autorisation préalable du juge, faire détruire ce qui a été réalisé en violation de l'obligation et demander au débiteur le remboursement des sommes engagées à cette fin.
Ce mécanisme peut par exemple devenir pertinent lorsqu'une entreprise ne corrige pas une prestation défectueuse et que son client fait intervenir un autre professionnel.
Cela ne signifie pas pour autant que toutes les dépenses décidées unilatéralement par le client seront nécessairement mises à votre charge : les conditions prévues par le Code civil doivent être respectées, notamment la mise en demeure préalable ainsi que le caractère raisonnable du délai et du coût.
Article 1223 : votre client peut-il réduire le prix ?
Une prestation a été réalisée, mais votre client considère qu'elle n'est pas conforme à ce qui avait été convenu.
Peut-il simplement décider de payer moins ?
L'article 1223 du Code civil prévoit un mécanisme de réduction proportionnelle du prix en cas d'exécution imparfaite de la prestation.
Lorsque le créancier n'a pas encore payé tout ou partie de la prestation, il peut, après mise en demeure, notifier dans les meilleurs délais au débiteur sa décision d'en réduire le prix de manière proportionnelle. L'acceptation de cette réduction par le débiteur doit être rédigée par écrit.
La situation est différente lorsque le prix a déjà été payé.
À défaut d'accord entre les parties, le créancier peut alors demander au juge une réduction du prix.
Votre client ne dispose donc pas d'un droit général lui permettant de fixer arbitrairement le nouveau prix d'une prestation dès qu'il estime qu'elle présente un défaut.
Article 1224 : quand une inexécution peut-elle conduire à la résolution du contrat ?
Dans certaines situations, le maintien du contrat n'est plus souhaité ou possible.
La résolution permet d'y mettre fin en raison de son inexécution.
L'article 1224 prévoit trois voies principales : l'application d'une clause résolutoire prévue par le contrat, la notification du créancier au débiteur en cas d'inexécution suffisamment grave ou une décision de justice.
La résolution par notification ne signifie cependant pas qu'il suffit d'envoyer un message indiquant que vous mettez fin au contrat.
Lorsqu'elle intervient par notification du créancier, cette résolution est exercée à ses risques et périls. Sauf urgence, elle suppose notamment une mise en demeure préalable répondant aux exigences de l'article 1226 du Code civil.
Avant de mettre fin à une relation commerciale en raison d'un manquement, vérifiez donc le contrat, la gravité de l'inexécution et la procédure applicable.
Une rupture mal préparée peut elle-même devenir une source de contestation.
Ces différents mécanismes montrent qu'une inexécution contractuelle ne conduit pas à une seule conséquence. Selon la situation, le contrat peut continuer à être exécuté, être suspendu, donner lieu à une réduction du prix, être résolu ou entraîner une demande de dommages et intérêts.
La question de la responsabilité devient alors centrale lorsque l'inexécution ou le retard a effectivement causé un préjudice.
4. Quand la responsabilité de votre entreprise peut-elle être engagée ?
La responsabilité d'une entreprise ne repose pas sur un seul mécanisme.
Une distinction essentielle doit notamment être faite entre un dommage lié à l'inexécution d'un contrat et un dommage relevant de la responsabilité extracontractuelle.
| Article | Principe | Exemple de question pour votre entreprise |
|---|
| 1231-1 | Responsabilité contractuelle | Une erreur ou un retard peut-il entraîner des dommages et intérêts ? |
| 1240 | Responsabilité extracontractuelle | Que se passe-t-il si vous causez un dommage à un tiers ? |
| 1241 | Négligence et imprudence | Une faute non intentionnelle peut-elle engager votre responsabilité ? |
Article 1231-1 : l'inexécution ou le retard peuvent entraîner des dommages et intérêts
Vous vous êtes engagé à réaliser une prestation et votre client estime qu'une erreur ou un retard lui a causé un préjudice.
L'article 1231-1 prévoit que le débiteur peut être condamné, s'il y a lieu, à des dommages et intérêts en raison de l'inexécution de son obligation ou d'un retard dans son exécution, sauf s'il justifie que l'exécution a été empêchée par la force majeure.
La responsabilité contractuelle est donc particulièrement importante pour les prestataires, consultants, artisans et entreprises qui prennent des engagements précis envers leurs clients.
Le simple fait qu'un client soit mécontent ne signifie cependant pas automatiquement que votre responsabilité est engagée. Il faut notamment examiner l'obligation concernée, son inexécution ou son retard, le préjudice invoqué et le lien entre cette inexécution et le préjudice.
L'article 1231 du Code civil précise par ailleurs que, sauf lorsque l'inexécution est définitive, les dommages et intérêts ne sont dus que si le débiteur a préalablement été mis en demeure de s'exécuter dans un délai raisonnable.
Article 1240 : vous pouvez aussi être responsable envers un tiers
Tous les dommages ne surviennent pas dans le cadre d'un contrat.
L'article 1240 pose le principe général selon lequel celui qui, par sa faute, cause un dommage à autrui est tenu de le réparer.
Imaginez par exemple qu'une intervention réalisée chez un client endommage le bien d'une autre personne qui n'est pas partie à votre contrat.
La question de votre responsabilité peut alors se poser indépendamment de vos engagements contractuels envers votre client.
Article 1241 : une négligence ou une imprudence peut suffire
Il n'est pas nécessaire d'avoir volontairement causé un dommage pour voir sa responsabilité recherchée.
L'article 1241 précise que chacun est responsable du dommage causé non seulement par son fait, mais également par sa négligence ou son imprudence.
Une mauvaise manipulation, une précaution qui n'a pas été prise ou une erreur commise pendant une intervention peut donc avoir des conséquences même en l'absence de volonté de nuire.
Un désaccord avec un client ne porte pas toujours sur la règle juridique applicable.
Les parties peuvent simplement ne pas être d'accord sur les faits : une prestation avait-elle été commandée ? Un délai avait-il été accepté ? Le client avait-il validé une modification ? Une facture a-t-elle été payée ? Une obligation a-t-elle réellement été exécutée ?
Dans ce type de situation, savoir que vous avez juridiquement raison ne suffit pas. Vous devez également être en mesure d'établir les faits sur lesquels repose votre demande.
| Article | Principe | Exemple de question pour votre entreprise |
|---|
| 1353 | Charge de la preuve | Qui doit prouver l'existence ou l'exécution d'une obligation ? |
Article 1353 : qui doit prouver quoi ?
L'article 1353 du Code civil pose une règle fondamentale en matière de preuve.
Celui qui réclame l'exécution d'une obligation doit la prouver.
À l'inverse, celui qui affirme s'être libéré de cette obligation doit justifier le paiement ou le fait qui a produit son extinction.
Prenons un exemple : vous réclamez à un client le paiement d'une prestation supplémentaire. En cas de contestation, la question peut être de savoir si cette prestation avait effectivement été commandée et à quelles conditions.
À l'inverse, si votre client reconnaît qu'une somme était due mais affirme l'avoir déjà réglée, il devra pouvoir justifier ce paiement.
La preuve devient donc particulièrement importante lorsque le contenu même de l'accord est contesté.
C'est pourquoi vous avez intérêt à conserver les documents et échanges permettant de reconstituer la relation commerciale :
- ● devis et contrats ;
- ● conditions générales ;
- ● bons de commande ;
- ● factures et justificatifs de paiement ;
- ● échanges avec le client ;
- ● validations intermédiaires ;
- ● comptes rendus ;
- ● preuves de livraison ou de réalisation ;
- ● demandes de modification de la prestation.
Tous ces éléments n'ont pas nécessairement la même valeur juridique selon la situation.
Les règles de preuve varient notamment selon la nature de l'acte et la qualité des parties. Par ailleurs, l'article L. 110-3 du Code de commerce prévoit qu'à l'égard des commerçants, les actes de commerce peuvent en principe être prouvés par tous moyens, sauf disposition légale contraire. Dans d'autres situations, le Code civil peut notamment imposer une preuve écrite pour certains actes juridiques au-delà du montant fixé par les textes.
En pratique, plus la chronologie de votre relation commerciale est documentée, plus il est facile d'établir ce qui avait été convenu et ce qui a réellement été exécuté.
Cette précaution est particulièrement importante lorsque la mission évolue en cours d'exécution.
Un client peut accepter oralement une prestation supplémentaire, demander une modification par téléphone ou valider progressivement un nouveau périmètre. Si aucun écrit ne permet ensuite de retracer ces changements, un désaccord peut apparaître plusieurs mois plus tard sur le prix, le délai ou même l'existence de l'engagement.
Formaliser vos engagements ne sert donc pas uniquement à organiser correctement la mission.
Un devis précis, une confirmation écrite d'une modification, une validation du client ou une preuve de livraison peuvent également devenir des éléments déterminants si vous devez un jour démontrer ce qui avait réellement été convenu ou exécuté.
6. Quel lien entre le Code civil et votre assurance professionnelle ?
Le Code civil et votre contrat d'assurance professionnelle n'ont pas la même fonction.
Le Code civil permet notamment de déterminer les obligations qui pèsent sur votre entreprise et les situations dans lesquelles votre responsabilité peut être engagée.
Votre contrat d'assurance détermine, de son côté, les risques garantis et les conditions dans lesquelles l'assureur peut intervenir.
Cette distinction est essentielle.
Imaginez qu'une erreur commise pendant une prestation cause un préjudice à votre client. Les règles de responsabilité permettent d'examiner si votre entreprise doit réparer ce dommage.
Une seconde question se pose alors : votre assurance professionnelle couvre-t-elle cette responsabilité ?
Le fait que votre responsabilité soit engagée ne signifie pas automatiquement que toutes les conséquences financières seront prises en charge par votre assureur.
Il faut examiner votre contrat et notamment vérifier :
- ● les activités déclarées ;
- ● les garanties souscrites ;
- ● la nature des dommages couverts ;
- ● les exclusions ;
- ● les franchises ;
- ● les plafonds de garantie ;
- ● les éventuelles limites territoriales ou temporelles.
Une assurance responsabilité civile professionnelle peut, selon le contrat souscrit et les circonstances du sinistre, couvrir certaines conséquences financières de la responsabilité de votre entreprise à l'égard de clients ou de tiers.
Mais tous les litiges contractuels ne correspondent pas nécessairement à un sinistre couvert par une RC Pro. Par exemple, le simple fait de devoir réaliser la prestation que vous aviez contractuellement promise ou de restituer un prix ne doit pas être confondu avec l'indemnisation d'un dommage garanti par une assurance de responsabilité.
D'autres risques peuvent par ailleurs relever de garanties différentes selon votre activité : dommages causés après la livraison d'un produit, dommages affectant vos locaux ou vos biens professionnels, cyberincident ou encore autres risques spécifiques.
Le Code civil et votre assurance professionnelle interviennent donc à deux niveaux complémentaires : les règles de responsabilité permettent de déterminer si votre entreprise doit répondre d'un dommage ; votre contrat d'assurance permet ensuite de déterminer si ce risque entre dans les garanties que vous avez effectivement souscrites.
C'est pourquoi vous avez intérêt à examiner vos engagements commerciaux et vos assurances professionnelles ensemble.
Lorsque votre activité évolue ou que vous développez de nouvelles prestations, vérifiez également si ces changements créent de nouveaux risques ou aggravent les risques déclarés. En cours de contrat, certaines circonstances nouvelles doivent être déclarées à l'assureur lorsqu'elles aggravent les risques ou en créent de nouveaux et rendent inexactes ou caduques les réponses précédemment fournies à l'assureur, dans les conditions prévues notamment par l'article L. 113-2 du Code des assurances.
7. Contrat, responsabilité et preuve : trois sujets à anticiper
Le Code civil intervient à différentes étapes de votre relation avec un client.
Avant la conclusion du contrat, certaines règles encadrent la négociation et les informations qui doivent être communiquées. Une fois l'accord conclu, d'autres dispositions déterminent la manière dont les engagements doivent être respectés, modifiés ou, dans certaines circonstances, suspendus.
Lorsqu'une obligation n'est pas correctement exécutée, les conséquences peuvent également être très différentes selon la situation : poursuite de l'exécution, réduction du prix, résolution du contrat ou demande de dommages et intérêts.
Enfin, lorsqu'un désaccord apparaît, la preuve de ce qui avait été convenu et de ce qui a réellement été exécuté peut devenir aussi importante que la règle juridique elle-même.
Vous avez donc intérêt à intégrer ces questions dans la gestion quotidienne de votre entreprise plutôt que d'attendre l'apparition d'un litige.
Définissez précisément le périmètre de vos prestations, leur prix et leurs délais. Formalisez les modifications importantes en cours de mission. Conservez les commandes, échanges et validations de vos clients. Et lorsqu'une difficulté apparaît, vérifiez vos engagements contractuels avant de suspendre une prestation, de modifier un prix ou de mettre fin à la relation.
Enfin, vérifiez régulièrement que les activités que vous exercez et les risques auxquels elles vous exposent correspondent aux garanties prévues par vos contrats d'assurance professionnelle.
Le contrat permet de préciser vos engagements, la preuve permet de les établir et l'assurance peut intervenir pour certains risques lorsqu'ils sont effectivement couverts. Anticiper ces trois dimensions vous permet de mieux encadrer vos relations commerciales et de mieux préparer votre entreprise lorsqu'un incident ou un litige survient.